A travers son métier d’illustrateur, son travail pour la revue « Scout » et se projets, esquisse d’un passionné qui veut donner par son crayon la parole aux jeunes.
« J’ai débuté comme tout le monde en copiant les œuvres des plus grands. J’ai arpenté les rues et les musées en reproduisant des statues, des tableaux et des monuments. C’est une grande école de rigueur et d’humilité ! »
De la publicité au scoutisme
De formation artistique très classique (« Arts graphiques », « Arts appliqués » et « Arts et publicité »), Bernard Dufossé fait ses débuts « comme beaucoup » dans le dessin publicitaire. « Il fallait vivre, tout bêtement. Même si mon rêve initial était de faire de la bande dessinée, en attendant, je faisais ce que je pouvais. La pub m’a appris le sens des proportions, de la composition de l’image, de l’esthétique. Tout cela m’est très utile aujourd’hui encore et je ne regrette absolument pas d’être passé par là ! »
Avec son premier travail comme illustrateur chez Bayard Presse puis chez Fleurus, Bernard crée les personnages de Nathalie et surtout Tarhn, Prince des étoiles, qui a connu un certain succès. Un personnage qui arrive en pleine mode de la science-fiction même si son créateur juge bon de préciser : « Je ne l’ai pas créé par mode mais parce que j’en avais envie ! Je ne peux pas me couler dans les phénomènes de mode. Pour que j’arrive à faire naître un personnage. Il faut qu’il corresponde à mon univers intérieur, que ce soit pour moi un plaisir de le dessiner ».
Le père des Mouflons et leurs gags
Avec la mode de la science-fiction, Tarhn s’en est allé… entre temps, neuf albums ont été publiés chez Glénat. C’est alors que Bernard a commencé son travail chez les Scouts de France. Contacté via « l’ami d’un ami », son style plaît, tout se passe très vite. Le scoutisme, il connaissait déjà puisqu’il a été louveteau, éclaireur, routier et enfin chef de clan. « C’est là que j’ai découvert la bande dessinée avec les dessins de Pierre Joubert. Son style est une perfection rare… J’ai donc été très heureux de prendre modestement sa suite chez les Scouts de France ».
Bernard commence par de petits boulots d’illustration, des affiches… avant de reprendre les Mouflons et la plupart des illustrations de la branche Scouts. La célèbre double page de gags existait déjà à son arrivée sous l’intitulé : « C’est mal parti ». « J’ai repris les personnages et, avec l’équipe, nous les avons affinés, leur avons donné des noms en attribuant à chacun un caractère particulier. Tout de suite, les Mouflons « nouvelle formule » ont emporté un très grand succès ».
« Pour ce qui est des gags, l’équipe de rédaction de la revue « Scout » me donne un canevas en rapport avec le thème dominant. Ce sont des idées générales, sans cadre restrictif. A partir de là, je laisse courir mon imagination… le plus dur, c’est la mise en page, car il faut souvent tricher avec la perspective, les proportions, pour arriver à tout caser en une seule image ».
Les Mouflons entre Lagaffe et Indiana Jones
Le succès des Mouflons, c’est au Jamboree Bleu de 1991 que l’auteur pourra vraiment en prendre conscience. Invité à réaliser en direct une grande fresque, Bernard a interrompu ses vacances pour venir à Jambville en juillet dernier. « Sans réfléchir », se souvient-il… « Dans le train, j’ai failli rebrousser chemin : faire un dessin de deux mètres sur trois, en trois jours, en plein air et presque sans idée de départ ! C’était de la folie. Quand je suis arrivé devant ce grand panneau, je me demandais encore dans quelle aventure je m’étais embarqué. Quelques scouts qui passaient par là me regardèrent sans prêter beaucoup d’attention à ce que je faisais. Soudain, tout s’est débloqué, les idées ont fusé, je me suis mis à dessiner comme un fou. Ils voulaient tous des petits dessins, mais si j’avais dû répondre à toutes les demandes, j’y serais encore ! Je me suis contenté de réaliser la fresque, qui a attiré une foule de plus en plus nombreuse. J’en ai profité également pour faire un petit sondage sur une idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps : faire un album des Mouflons ! Je leur ai demandé si cela les intéressait. Résultat : deux mètres cinquante de papier remplis de signatures en forme de plébiscite… le bouche à oreille déformant les choses, certains ont cru que la B.D. était déjà sortie. Ils venaient me voir pour l’acheter, j’aurais pu en vendre dix mille ! »
Les Mouflons, c’est un mélange de Gaston Lagaffe et d’Indiana Jones : « L’humour et l’aventure, tout ce qui plaît aux adolescents ! »
A Bernard de conclure : « En fait, c’est le fruit de toute mon expérience humaine et professionnelle. Rien ne vient jamais par hasard. J’ai réellement envie de donner la parole aux jeunes, de les montrer tels qu’ils sont, avec leur générosité, leurs bêtises, un petit côté gavroche aussi ? Je n’aurai pas à chercher bien loin des idées de gags : les scouts m’écrivent pour me raconter leurs bêtises… Des bêtises souvent involontaires, sans conséquences graves mais qui demeurent le meilleur souvenir, celui qu’on se raconte à la veillée des années après en riant encore. Ce sera un peut les jeunes racontés par eux-mêmes et non tels que les adultes les voient ou les imaginent : leur univers à eux, livré tel quel, dans le cadre des Scouts de France d’aujourd’hui, le tout vu sous l’angle grossissant et humoristique d’une bande dessinée d’aventure ».
Florent Masson
© Image, "Scoutisme et bande dessinée", 17, août et septembre 1992