Albertine Duhamel est une des figures représentatives de l’engagement apostolique et patriotique de femmes catholiques au début du XXème siècle. Elle est la fondatrice des Guides de France en 1923.
Mme Duhamel est née le 16 mars 1871 pendant la Commune et le siège de Paris. Elle décède le 5 janvier 1937 à Paris. Son père Monsieur David-Nillet était commerçant en pierres précieuses. Orpheline à 14 ans avec trois frères dont l’un deviendra Germain David-Nillet, peintre, membre du Comité de la Société nationale des Beaux-Arts, elle doit entrer comme pensionnaire à l’institut Sainte-Odile. Son esprit indépendant supporte mal les deux ans de pension et, presque à sa sortie, elle épouse M. Duhamel dont le père avait été un ami du sien.
Associée très tôt à l’œuvre des patronages, sollicitée par le cardinal Amette pour unifier les œuvres trop dispersées, elle devient en 1910 secrétaire générale de l’Archiconfrérie des patronages féminins avec son réseau de « directrices », ses trois mille « patro » répandus en soixante-deux diocèses.
Une personnalité du monde des oeuvres
C’est une forte personnalité reconnue du monde des œuvres et des autorités civiles. Son attention particulière à la situation des jeunes et de leur famille dans des quartiers pauvres où sévissaient des maladies endémiques suscite de sa part de nombreuses créations : fondation des « Repas populaires », du « Théâtre François Coppée », des « Preventoria » et « Maisons de repos des cures d’air françaises ». Elle mettra au service de son pays, pendant la guerre de 1914 à 1918, où le foyer des Duhamel perd son fils unique tué au front, ses capacités d’initiative et d’organisation : Vice présidente de la Sauvegarde de l’enfance à l’Hôtel de Ville (3000 enfants hospitalisés), directrice avec son mari de la première « Ecole de rééducation des mutilés » fondée par Maurice Barres et Louis Barthou (746 mutilés auxquels ils procurent logis, nourriture et métiers adaptés), Vice-présidente de l’Office des pupilles de la nation pour la ville de Paris et la Seine.
Après l’hécatombe de la guerre, les milieux chrétiens se mobilisent en vue d’une « reconstruction de la société » et du relèvement moral et spirituel de la France. Mme Duhamel est proche des courants attentifs à l’évolution des méthodes pédagogiques pour revitaliser les œuvres de jeunesse. Au début des années 1920, le scoutisme, par son attrait sur les adolescents et son originalité intéresse les éducateurs soucieux de renouveler les programmes. Des directrices de grands patronages paroissiaux, des éducateurs engagés dans le courant du catholicisme social comme Andrée Butillard, cheville ouvrière de l’Ecole normale sociale, des personnalités intéressées par des réalisations venues de l’étranger comme Marie Diémer et Renée de Montmort y sont attentifs.
Une figure pour un mouvement original : les Guides de France
Pour unifier les initiatives qui naissent et pour éviter les conflits avec des œuvres féminines existantes, le cardinal Dubois, archevêque de Paris, confie en 1923 à Albertine Duhamel la responsabilité de créer les Guides de France en train de naître à coté des éclaireuses protestantes. Elle sera le « chef guide » jusqu’en 1937 et saura faire reconnaître ce mouvement original d’éducation et de promotion des filles. Elle a coopéré avec l’équipe dirigeante des Scouts de France et le chanoine Cornette pour établir les bases doctrinales. Elle a trouvé en Marie Diémer une pédagogue de génie à qui l’on doit l’invention de la méthode Jeannette pour les petites filles de 8 à 12 ans et les bases de la branche ainée à la sortie de l’étape guide. Elle a doté les Guides de France d’une administration et d‘une organisation solides dés 1930 avec la mise en place des régions. Cette « femme forte selon la Bible » (Gérard Cholvy) a marqué le mouvement et les autres œuvres de son temps par sa forte personnalité, son attachement à l’Eglise et à sa hiérarchie en même temps que son indépendance, (elle n’a jamais voulu un aumônier général pour les guides), sa fidélité à Rome.
Fin 1936, elle trouve l’énergie, malgré sa maladie, d’être présente pour accueillir lord et lady Baden Powell à Paris pour le 25ème anniversaire des Eclaireurs. Elle décède le 5 janvier 1937. Marie-Thérèse de Kerraoul lui succède alors à la présidence du mouvement
Mme Duhamel était décorée de la Légion d’honneur, parrain le maréchal Foch, de la Reconnaissance française, parrain Maurice Barres, de la croix d’or « Bene Merenti », parrain le cardinal Verdier.
Marie-Thérèse Cheroutre, auteur Le scoutisme au féminin , les Guides de France, 1923-1998, Paris, Cerf, 2002, 628 p.
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