Marie Diémer, fondatrice des Guides de France

Marie Diémer est une des fondatrices des Guides de France.
Elle a eu un rôle pédagogique essentiel dès 1925 par la création de la branche jeannette et l’orientation de la branche ainée. Sa responsabilité
dans le contenu et la pratique des premiers camps et sessions de formation, ses nombreux articles dans les revues, ses écrits, ses déplacements dans les régions ont contribué à donner à ce mouvement féminin de scoutisme son programme et sa spiritualité.

Née le 11 septembre 1877 à Epinal (Vosges), Marie Diémer appartient à
une famille protestante originaire de Wengen qui a quitté l’Alsace après l’annexion allemande en 1871 pour s’installer en Lorraine.

Son père est notaire à Epinal, sa mère, Marie Suzanne Elisabeth Thorens est apparenté à la famille Dolfus (des tissages DMC), liée aux vieilles familles de la ville. Marie a une sœur, Marguerite, de 2 ans sa cadette, qu’elle rejoindra à la fin de sa vie. En 1893 Marie, suit sa famille qui s’installe à Paris. Elle a acquis une solide culture et une grande curiosité intellectuelle grâce à l’influence de son père. Passionnée par les questions religieuses elle va se consacrer pendant sept ans à l’étude des religions anciennes, des philosophies, de l’ethnologie et développe une véritable oeuvre littéraire.

Découverte de la question sociale
1913 marque un tournant dans sa vie. Après un voyage en Angleterre et en Italie, Marie prend conscience de la situation de la France et des courants qui la traversent. Elle participe au Congrès international des femmes, impulsé par les Etats-Unis. Déjà la branche française est organisée sous le titre de « Conseil National des Femmes Françaises ». Voulant savoir où se plaçait la France par rapport aux autres nations du point de vue sanitaire et social, Marie suit les travaux du congrès et fut saisie de constater qu’en hygiène, en prophylaxie, en natalité , elle tenait un des derniers rangs. Il fallait agir vite, alerter les organisations sanitaires existantes, en créer si nécessaire. Les contacts noués lors du congrès international avec le docteur Nicole Girard Mangin, rapporteur de la section d’hygiène favorisent le projet d’association élaboré par Marie Diémer et Renée de Montmort qui, pendant deux ans, a présidé à Londres le « Robert Browning Settelment », œuvre sociale qui s’occupe de trois mille familles ouvrières. Marie Diémer s’impose alors comme une actrice majeure du secteur social et sanitaire.

La naissance du scoutisme féminin
Au gré de son compagnonnage avec Renée de Montmort, Marie Diémer découvre les premiers camps d’éclaireuses, inspirés par l’Angleterre. En France, des initiatives de scoutisme féminin ont débuté dans le milieu protestant dés 1911 et des tentatives se font jour dans différents milieux. Renée de Montmort y apporter un élan décisif en accueillant à Argeronne en 1922 le premier camp international féminin en lien avec Londres, berceau du mouvement. Y sont présentes des responsables et des patrouilles de différents pays : Angleterre, Belgique, Hollande, Suisse, Danemark et des éclaireuses françaises. Marie Diémer le suit attentivement.

La présence de plusieurs pays, la nouveauté de la méthode, l’idéal partagé par des jeunes de différentes confessions, la fraternité du premier feu de camp, furent pour elle comme une illumination et une réponse à ce rêve qui a traversé toute sa vie de rassembler une élite féminine au service de la patrie et de la foi chrétienne.
Un devoir impérieux, urgent s’impose à elle : celui de donner le guidisme à la France catholique, en faire un mouvement national parallèlement aux Eclaireuses qui avaient déjà commencé leur action parmi les enfants protestantes et laïques. Elle prend alors contact
avec Madame Duhamel, bien connue des milieux catholiques, qui fondera l’association des Guides de France en 1923.

L’itinéraire de Marie Diémer coïncide alors avec celui des Guides de France auxquelles elle fait le choix d’une adhésion entière d’abord par son baptême dans l’Eglise catholique en la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul 1924 « Il s’est agi moins de conversion que d’une évolution personnelle parvenue à son point d’achèvement » (père Doncoeur) et sa promesse guide le 4 mars 1925. Marie Diémer était membre du cercle Sainte Jehanne depuis l’origine en 1930). Tout en poursuivant jusqu’en 1937 la formation de futures travailleuses sociales particulièrement à l’Ecole d’action sociale de la Résidence Sociale de Levallois d’où naîtront les Centres sociaux, la rencontre avec le mouvement naissant des Guides de France est pour elle une illumination et la concrétisation du rêve qui a traversé sa vie et qu’elle nommait dans le secret de quelques intimes « les gardiennes de France ». Une association qui, « à l’instar des ordres de chevalerie, ouverte à toute foi chrétienne, basée financièrement sur la valeur des services rendus et non de l’argent, regrouperait des femmes instruites et formées à qui serait confiées tout ce qui est détruit et la création de tout ce qui est nécessaire au pays pour reprendre son rôle de porte lumière des nations » (Renée de Montmort). Cette association n’a jamais vu le jour et ne pouvait qu’inspirer la vie et les œuvres de celle dont la famille avait quitté l’Alsace occupée, pour rejoindre la Lorraine en terre de France.

Marie Diémer héritière de la conception d’une France reçue de vingt siècles d’histoire, dont les cathédrales comme les petites chapelles révélaient la foi, avec son patriotisme d’honneur, de labeur consciencieux, d’ordre qu’il faut maintenir contre les dangers de l’extérieur, celui de toute défaillance… Nous sommes dans le contexte des années 1910-1920 profondément marquées par la grande guerre et la montée des doctrines totalitaires. Sa grande culture, son imprégnation biblique, sa profonde sensibilité aux beautés du patrimoine légué par l’histoire, son sens du symbolisme et du cérémonial qui s’exprimait particulièrement dans le catholicisme ont certainement rejoint son christianisme. S’y ajoute ses dons d’écrivain et de poète. En 1925, Marie Diémer devient l’adjointe de Madame Duhamel, femme d’équilibre et d’organisation qui lui confie le soin de créer une branche cadette et d’ouvrir vers une étape ainée. S’ouvre alors un champ nouveau, une espérance. Elle s’y investit pleinement.

Des jeannettes à la branche aînée
Fondatrice des jeannettes, Marie Diémer est également impliquée dans l’élaboration de la branche ainée. Ce seront, en 1931, les « Feux de France » qui apporteront au guidisme le contenu et la spiritualité de l’étape terminale.

C’est le sens même du projet éducatif du mouvement qui est posée par cette troisième étape, la plus difficile à élaborer étant donné l’âge de ses membres, la diversité des choix qui s’offrent à eux et leur présence plus directe aux problèmes de société. Ils exprimeront sa finalité lorsqu’au cours du cérémonial de la promesse sont remis les trois symboles de l’engagement des guides ainées : la lampe des catacombes, « symbole de la vie qui se donne », l’écheveau de lin, « artisan des tâches quotidiennes », l’évangile « que sa loi soit votre loi ».
Marie Diémer comme adjointe du chef-guide se déplace dans les provinces, organise les camps de formation de cheftaines le plus souvent à Argeronne, précise la méthode, participe à des rencontres internationales qui apportent au mouvement sa dimension internationale, entretient une importante correspondance avec les responsables. Elle écrit beaucoup. Les articles de Marie Diémer sont nombreux dans les deux revues La Guide de France (1927) et La Cheftaine (1935). Marie Diémer meurt le 3 juin 1938 à Fontainebleau où elle est enterrée « prés d’une autre forêt » écrit sa sœur Marguerite.

Marie-Thérèse Cheroutre, auteur Le scoutisme au féminin , les Guides de France, 1923-1998, Paris, Cerf, 2002, 628 p.

© texte réservé site internet SGDF

 

Poster un message pour cet article