Marie Diémer, une plume au service du guidisme

Avec Marie Diémer, les Guides de France trouvent un talent littéraire. Marie Diémer bâtit une véritable oeuvre littéraire avec La légende dorée d’Alsace, préfacée par Schuré et couronnée par l’Académie française ; Maître Josias, roman évocateur de l’histoire du héros auquel la légende attribue la construction de la cathédrale de Strasbourg, suivi d’Anne Marie. Une de ses pièces Héliodora imprégnée de civilisation greco-romaine fut présentée à Lyon et il fut question de la mettre au répertoire de la Comédie française, une autre Istar, légende assyrienne, fut donnée à lire à Sarah Bernhardt. « Elle ne vivait alors que dans le passé, parmi les héros de la France et des dieux antiques », écrit Renée de Montmort.

Trois des livres de Marie Diémer sont les références de base du guidisme Le livre de la Forêt bleue (1933), Le Carnet de la cheftaine (1937) où s’exprime le mieux sa compréhension profonde du Mouvement. Par chapitres brefs il introduit la cheftaine à la pratique de la vie d’unité, à ses exigences et à l’esprit du mouvement. Il révèle la personnalité de l’auteur et son intelligence de la pédagogie et de la spiritualité des Guides de France. Le Carnet de la Commissaire de district (1938) reprend l’essentiel d’un camp qu’elle a dirigé à Ronno (Rhône) avec le père Forestier.

Des textes, limpides et éclairants sur une héroïne populaire
Les articles de Marie Diémer sont nombreux dans les deux revues
La Guide de France (1927) et La Cheftaine (1935). C’est en octobre 1928 que s’ouvre une série d’articles où elle leur propose aux guides, Jeanne d’Arc comme compagne de route.
« L’an qui vient va commémorer un bien grand souvenir. Il y a tout juste cinq siècles que sainte Jeanne d’Arc s’en allait accomplir la plus grande des missions. Merveilleuse aventure qui dura à peine deux ans. Ces deux années, ne voulez-vous pas les revivre, suivre Jeanne d’Arc pas à pas dans ses démarches, dans ses batailles, dans ses victoires ? »

Mois après mois, les guides retrouveront-elles son itinéraire, ses marches sur le sol du royaume encore si fragile du dauphin qu’elle conduira au-delà de lui-même. Des rendez-vous sont donnés à tout le mouvement sur les lieux les plus significatifs : Orléans délivré, Compiègne en juin 1930 pour rejoindre Jeanne emprisonnée depuis neuf mois, de décembre 1930 à mai 1931. Chaque mois, Marie Diémer fait partager aux lectrices de la revue l’itinéraire intérieur de la sainte, itinéraire pour le temps d’aujourd’hui à travers « le Noël de Jeanne », le procès à Rouen, la prison, le bûcher sur la place. Les 30 et 31 mai, les Guides et les Scouts rejoignent Rouen où les délégations officielles et la République vont célébrer le cinquième centenaire de son martyr.

Dans aucun de ses textes Marie Diémer ne cède à la mode du jour et à l’emphase des hagiographies, elle, que sa profonde culture religieuse nourrie de la Bible n’a pas habituée au culte des saints*. Elle ne cherche pas à dresser l’image pieuse souvent éthérée que l’on propose comme idéal lointain. Ses textes, limpides et éclairants, toujours actuels, proposent aux guides comme compagne de route l’héroïne et la sainte populaire suffisamment universelle pour que de grands écrivains et cinéastes la retrouvent aujourd’hui.

Marie-Thérèse Cheroutre, auteur Le scoutisme au féminin , les Guides de France, 1923-1998, Paris, Cerf, 2002, 628 p.


* Marie Diémer donne quelques articles aux Cahiers du cercle Sainte Jehanne animé par le père Doncoeur. Celle-ci « témoigne [ainsi] d’une confiance parfois critique dans les jugements du jésuite » (Dominique Avon, Paul Doncoeur, un croisé dans le siècle, Le Cerf, Paris, 2001, p.234).

© texte réservé site internet SGDF

 

Poster un message pour cet article