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« Depuis 6 ans, nous accueillons 30% de nouveaux jeunes sur nos camps d'été »

Guyane3bis2La Guyane n'a pas attendu le défi Brownsea pour ouvrir ses camps d'été : depuis 6 ans, des dizaines de jeunes ont découvert foulards, nuits sous la tente, concours cuisine, grands jeux... Pour leur plus grand bonheur et sous le regard admiratif de leurs parents. Explications avec Annette, responsable adjointe du groupe Saint Michel de Matoury, et Stella, cheftaine scouts-guides dans le groupe Saint Louis de Mirza.

 

On nous a dit que le territoire de Guyane avait déjà plusieurs années d'avance sur l'accueil des jeunes lors des camps d'été... Vous voulez bien nous en dire plus ?

Annette : Tout à fait ! Ces premières expériences d'ouverture remontent à 2012, lorsque j'ai moi-même découvert le scoutisme. Je travaillais alors au comité d'entreprise d'un hôpital. De fil en aiguilles, en discutant avec la déléguée territoriale, j'ai sollicité les scouts pour intégrer une quinzaine de jeunes des personnels hospitaliers au groupe local. Et j'ai ainsi fait le camp avec ces jeunes, qui ont porté comme moi une chemise et un foulard pour la première fois. Ils ont tous adoré et sont revenus s'inscrire dès la rentrée. C'est comme ça que je suis devenue cheftaine puis responsable de groupe.

Stella : Pour prendre un autre exemple, lors du camp de 2016, nous avons accueillis 8 jeunes sur 26 qui n'avaient jamais été scouts. Et ça s'est super bien passé, ils ont tous été bien intégrés et portés par le groupe. La durée du camp n'a pas été un problème : même si certains avaient un peu de mal au début, dès le deuxième ou le troisième jour, ils se sont laissés prendre par l'ambiance, ont oublié leur cafard et se sont lancés dans le jeu.

Ce système d'accueil pendant les camps a aussi été mis en place pour répondre à une autre problématique : les parents inscrivaient les enfants à de nombreuses activités pendant l'année, mais ne trouvaient rien pour eux pendant l'été. On a saisi cette occasion pour faire venir les jeunes au camp et on a réussi à convaincre les parents que c'était beaucoup plus qu'une simple garderie ou qu'un centre aéré. Et nous avions enfin remarqué que les jeunes inscrits pendant l'année n'étaient pas toujours là pendant le camp, pour différentes raisons, ce qui libérait des places dans les unités.

Accueillir des jeunes qui ne connaissent pas le scoutisme peut faire naitre quelques inquiétudes... Comment faire en sorte que tout se passe bien ? Est-ce que vous avez des conseils ?

Annette : L'une des clés, c'est d'instaurer un climat de confiance, avec les jeunes et surtout avec les parents. En 2012, tout s'est fait simplement car je suis venue avec des jeunes que je connaissais déjà, et les parents comme les jeunes avaient confiance en moi. Dans le recrutement, utiliser le bouche à oreille peut être une solution car il y a déjà cette relation de confiance et de connaissance.

Mais il a aussi ses limites car il ne permet de pas de faire venir tout le monde et de toucher ceux qui sont loin du scoutisme. Pour instaurer cette relation de confiance avec les parents des jeunes qui nous rejoignent, l'une des solutions, c'est de les réunir et leur expliquer le scoutisme et les activités. Il est toujours utile de détailler un peu la pédagogie, pour leur donner des clés pour comprendre où ils mettent leurs enfants. Plus on joue la transparence, plus ils nous laissent leur jeune en confiance. Dans ce cas, tout se passe aussi bien qu'avec n'importe quel parent de jeune scout ou guide.

Stella : Au niveau du ratio, à chacun de nos camps, les non-scouts représentent en moyenne un tiers des jeunes de l'unité, et c'est probablement une bonne proportion : deux jeunes scouts pour un jeune extérieur. Cela permet de créer un effet de groupe et donne toutes les chances aux jeunes qui nous rejoignent de bien s'acclimater et s'intégrer. Au niveau pratique, nos premiers camps ouverts à l'extérieur ont été des camps territoriaux : nous avons été aidés par le territoire, qui était plus structuré et qui pouvait créer les conditions matérielles pour que tout se passe bien. Enfin, ce qui nous a aussi aidées à nous lancer dans cette aventure, c'est la formation. Il n'y a pas de secrets sur ce point. Le BAFA nous a permis de bien comprendre la pédagogie : à partir du moment où on a commencé à se former, nous étions bien plus à l'aise pour l'appliquer et l'expliquer.

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Quel bilan pouvez-vous tirer de ces années marquées par cette ouverture des camps d'été ?

Annette : Très positif ! C'est incroyable de voir à quel point cela change les jeunes, même les cas les plus difficiles. On a l'exemple d'un jeune qui jouait au « bad boy » et qui était très compliqué, dans sa façon de parler comme de s'habiller. Et on a réussi à le récupérer, il s'est finalement bien intégré et a beaucoup changé. Même si on ne les voit pas forcément beaucoup ces jeunes dans l'année, lorsqu'on les croise dans la rue, ils sont tout de suite chaleureux, un lien particulier se tisse, ils nous reconnaissent en tant qu'éducateurs et éducatrices.

Et, bien sûr, nous voyons les mêmes effets positifs chez ces « nouveaux scouts » que chez les anciens : pour eux, le camp est un excellent moyen de grandir, d'apprendre à faire la cuisine, de devenir débrouillard... Je n'ai pas eu un seul retour de parents négatif ou indifférents, ils nous disaient tous que leurs enfants avaient changé : ils sont plus autonomes, ils s'investissent plus à la maison, ils ont compris l'intérêt des services, ils sont plus attentifs aux autres...

Stella : Ce qui marche le mieux, ce sont les défis cuisine : ils progressent à une vitesse impressionnante. Même si on appréhende toujours un peu au moment de goûter, ils nous proposent parfois des choses incroyables : l'été dernier, on a eu droit à un gâteau de crêpes faites au feu de bois, délicieux !

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Mais finalement, pourquoi faudrait-il accueillir les jeunes lors des camps d'été ? Est-ce que ce n'est pas plus efficace de les accueillir à la rentrée ou lors d'une journée découverte ?

Annette : Parce que le camp est le meilleur moment pour découvrir le scoutisme ! Pour avoir testé les deux solutions, nous avons vu la différence : les jeunes qui nous ont rejoint sur une journée lors de « Mission aventure » passent de bon moments, mais ils n'ont souvent pas le temps de voir vraiment ce qu'est le cœur du scoutisme. En nous rejoignant pour un camp de deux semaines, ils sont au contraire dans d'excellentes conditions pour rentrer vraiment dans l'imaginaire, être dans l'ambiance et se faire des amis.

Aujourd'hui, les camps sont devenus notre portail de communication pour avoir des adhérents l'année suivante. C'est comme ça qu'on recrute chez les jeunes comme chez les chefs et cheftaines. C'est aussi une belle expérience pour la maîtrise: ça nous oblige à évoluer, à nous adapter à des jeunes qu'on ne connaît pas et qui sont une richesse pour l'unité. Ça permet à ceux et celles qui n'ont jamais entendu parler des scouts de nous rejoindre, et ça marche !

Stella : Le vécu des jeunes est beaucoup plus fort sur un camp complet d'une durée de 15 jours : l'imaginaire prend très vite car les nouveaux se laissent porter par le jeu. Et comme ils n'ont souvent pas eu d'imaginaire et de journées vraiment structurées dans les centres aérés qu'ils ont connus dans le passé, ils voient la différence: chez les scouts, on fait tous des services, la journée est riche, bien réglée et ils en sont les acteurs.

Annette : Une dernière astuce, on a une bonne méthode pour rassurer les parents des petits nouveaux : comme ils sont toujours un peu inquiets au début, on leur dit toujours « rassurez-vous, si on a un problème, on vous appelle. Tant qu'on n'appelle pas, c'est que tout va bien et que votre enfant est heureux. »

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