Accès directs |

Attentats : comment en parler avec les jeunes et entre responsables

bandeau attentats2

Notre pays a été marqué 2 fois cette année, avec stupeur et émotion, par des actes de violence terroriste aveugle. Des actes qui sèment la peur dans des communautés, qui attisent les haines, les défiances et les incompréhensions.

Chacun de nous est démuni, fragile, à la fois musulman, juif, Charlie, policier, chrétien… Au-delà de la colère, des peurs ou du désarroi, notre vocation de Scouts et Guides de France est d’apporter une réponse éducative : éducation à l’échange, au respect, à la fraternité. Plus que jamais sans doute, le monde a besoin d’éducateurs de paix. Conscients de l’appel du Christ qui nous invite tous à la confiance et à la liberté, inventons et partageons, avec nos amis scouts d’autres mouvements et avec d’autres, avec les jeunes scouts et guides !

Les enfants et les jeunes ont été marqués, comme nous l’avons été, par l’horreur et la haine, devenues soudain si proche d’eux. Nous avons le devoir de les accompagner, de les inviter à en parler, de leur proposer des gestes ayant du sens, en lien avec leurs familles et avec l’école. Nous ne pouvons pas rester sans réaction.

C’est pourquoi, dans chaque groupe et équipe, nous vous demandons d’en parler, entre chefs, cheftaines, responsables du mouvement.  Pour pouvoir, dans chaque unité, accompagner les jeunes ; les aider à faire grandir les graines d’espérance et de fraternité présentes dans les événements de ces derniers jours.



Avant de t’orienter vers tel ou tel de ces documents, liens, suggestions, nous te proposons quelques réflexions à partager :

·         Il ne s’agit pas d’outils « clés en main ». Il ne peut pas s’agir d’outils clés en main : ce qui est en jeu, ce sont nos valeurs républicaines, notre conviction que chacun doit pouvoir trouver sa place, être respecté.

·         Il ne s’agit pas d’en parler seulement maintenant, comme exutoire à l’émotion. Mais bien d’en parler dès maintenant : partager sur la manière d’en parler avec les enfants et les scouts ; débattre des enjeux de l’éducation au respect de l’autre et à la paix dans votre contexte de groupes, de ville, de quartier, de territoire ; imaginer des gestes, des contacts à prendre ou reprendre, des signes pour partager l’espérance, des initiatives de dialogue qui donnent corps à la paix. Et nous te faisons une proposition : en parler à nouveau dans quelques mois, pour voir le chemin parcouru, confirmer des caps, les compléter. Les camps se préparent déjà ! A chacun de nous d’en faire des temps d’éducation à la rencontre et au respect, à la liberté que nourrit le débat, à la paix.

·         Mesurer notre responsabilité d’éducateurs pour la paix, c’est aussi regarder plus loin de nous, et apprendre aux scouts et guides à le faire. Comme les enfants et les jeunes, ces évènements si proches nous font réagir. Mais la violence en France nous invite aussi à nous engager  pour soutenir, au sein de réseaux et par la prière,  les si nombreuses victimes de violence ailleurs : frappées par les guerres ou les haines religieuses, y compris celles contre les chrétiens, ou simplement coupables d’être fragiles comme des jeunes filles ou des enfants dans de trop nombreux pays.  

Citoyens de notre monde, Scouts et Guides de France, nous voulons répondre à ses défis. Nous sommes convaincus que le seul chemin est celui de la fraternité.  

Outils généraux à ta disposition

Chers amis,

Hier, beaucoup d’entre nous marchaient, partout en France et dans le monde, pour dire la volonté  de liberté, de respect de toutes les religions et convictions, de fraternité, de paix. Et notre solidarité avec ceux qui sont menacés par les extrémismes. Nombre d’entre nous ont aussi fait un autre choix : être avec les unités, prendre le temps de parler avec les enfants et les jeunes et les écouter. Cela ne s’oppose pas. Chacun de nous est démuni, fragile, à la fois musulman, juif, Charlie, policier, chrétien…  Alors, comme éducateurs, inventons et partageons, avec nos amis scouts d’autres mouvements et avec d’autres, avec les jeunes scouts et guides !Que l’année 2015 soit belle, année d’espoir et de paix. A la hauteur des défis. Belle dans vos unités, groupes et territoires, par les projets de tous, la confiance construite pas à pas, les rencontres suscitées pour mieux connaitre l’autre. Belle dans notre mouvement, par le plan d’orientation qui sera  bientôt discuté largement puis voté en mai à notre AG, et par You’re up ! qui invite tous les pionniers-caravelles à rencontrer d’autres scouts et à construire avec eux le monde que nous voulons.« Là où est la haine, que je mette l’amour »

Fraternellement,
Catherine Larrieu,
Déléguée générale,
et toute l’équipe de DG

Propositions et outils pour une démarche d’équipe (chefs et cadres) 

    • Propositions pour une démarche spirituelle

Prière de Saint François d'Assise

De la première lettre de saint Jean, chapitre 4

Bien-aimés,
nous aimons
parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier.
Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu »,
alors qu’il a de la haine contre son frère,
c’est un menteur.
En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit,
est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas.
Et voici le commandement que nous tenons de lui :
celui qui aime Dieu,
qu’il aime aussi son frère.

Ne nous y trompons pas : ce qui s’est passé hier soir à Paris sera demain perçu comme historique dans tout notre pays et sans doute au-delà. Il sera dit qu’il y avait un avant et un après.
Et même si le bilan n’est pas du même ordre, l’événement souffrira la comparaison avec le 11 septembre.

L’objectif a été choisi avec soin et grande intelligence par les assassins. Pour faire mal là où cela fait mal. Ils savaient ce qu’ils faisaient en frappant ce qu’ils ont frappé et qui ils ont frappé. Ils ne sont pas trompés et ont visé juste. Policier, juifs, journalistes-dessinateurs… Mais ils ont aussi commis une erreur grossière tant il est peu de chose capable de nous unir. Capables de fédérer et d’unir des Français si divisés ou querelleurs qu’ils soient par ailleurs. « Et le Verbe se fit chair »… L’amour de la liberté, de la parole et de la parole libre. Fût-elle exprimée par un dessin. Nous sommes non seulement le peuple de Voltaire mais aussi celui de de Rabelais et de François Villon ! Qu’il soit moine ou philosophe, le Français est critique, railleur et gouailleur. Et au-delà, libre, fraternel, épris d’égalité. Même s’il n’y arrive pas toujours !

Le texte de Jean est celui de la messe du jour : quel incroyable hasard… « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit pas »… Dieu et la violence, et l’ombre portée de la mort donnée en son nom !

Aujourd’hui, aussi insupportable ou difficile que cela soit : le défi pour nous est de garder calme et raison. Et de laisser le silence habiter notre cœur. Et de prier pour les morts : c’est une très, très ancienne tradition chez les chrétiens. Devant le Seigneur, tous les morts sont égaux. Et l’humanité –celle revêtue par Jésus depuis la crèche de Bethléem- ne se divise pas.
Certes, Charb, Cabu, Tignous, Wolinsky brocardaient avec tous les autres les curés, le Pape, Dieu et ses saints. Ils semblaient ne rien respecter ? Ils étaient les fous du roi de notre conscience ankylosée et repue. Qui est le plus à craindre ? Le flatteur ou le fou demande le sage… Le journaliste que je reste peut le dire : dans leur art, ils étaient les meilleurs de leur génération.
Prier pour les morts dont la dignité d’homme, pas plus que la vie, ne se divise ni ne se calcule au baromètre du jugement et de la miséricorde de Dieu. Ils sont devant leur Créateur. Et qui sommes-nous ? Pas Dieu, pas Lui, avec un grand L, au ciel. Mais l’un d’eux, d’ici, de cette terre des hommes.

Pour demain, l’enjeu ne sera pas moindre.
Résister à la tentation qui surgira immanquablement de nous opposer, de nous dresser les uns contre les autres ou plutôt de distinguer par trop entre « eux » et « nous ».
Autre chose est de lutter contre le danger, la menace, de protéger ce qui nous est cher –famille, enfants, libertés humaines- ; autre chose est de laisser séparer notre humanité commune.
La tragédie qui a frappé hier est pour l’homme : pour les victimes, nous comme peuple, et une tragédie pour…les assassins eux-mêmes dans leur humanité.
Soyons-en sûrs : Il sera dit qu’ils avaient perdu tout lien avec l’humanité commune, avec la raison… Peut-être. Ils n’en seront pas moins toujours des hommes. Et avec ceux qui pleurent aujourd’hui, ils seront également les victimes de leurs actes.

Enfin, nous ne pourrons pas éviter de nous poser, le moment venu, à tête froide sinon reposée, l’éprouvante question… Qu’avons-nous donc…raté ? Toute notre philosophie, notre éducation, notre religion, notre art de vivre, notre économie, notre culture : où cela-t-il failli arriver à être incapable d’empêcher telle perdition ? Ne pas se poser la question serait-une faute.
Et se la bien poser bien : pas en catho. culpabilisé et culpabilisant mais comme enfant de l’Évangile de la Vérité, de l’Évangile du Christ. Car comment avancer et guérir sans cette lucidité et vérité là ?

Pour le faire, il sera toujours de bonne méthode de revisiter les classiques. Redonnons-en quelques-uns à garder, à méditer, à reprendre demain ou dans trois mois. Vous les connaissez d’ailleurs sans doute. Ils ne s’imposent pas comme maximes de moralistes mais comme propos à penser…

De Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est nul éloge flatteur ». Liberté chérie…

Pour quelqu’un de ma génération, cet autre satiriste, Pierre Desproges : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». N’aurait-on pas envie d’ajouter, « et pas n’importe quand » ?

Et enfin, Henri-Dominique Lacordaire, journaliste, dominicain, dont le journal L’Avenir affichait dès 1830 la devise : « Dieu et la liberté ! ».
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».

Aujourd’hui –et demain-, qui est ou sera le faible, le pauvre, le maître, le serviteur ? Où sont ou seront la liberté ? Et la loi ?

Amen
Fr. Benoît Vandeputte, o.p.


Aumônier général


(En musique de fond : Aria des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach)

Nous allons avoir besoin de mots…

Et de distance. Face à tant de violence, et à notre propre sidération, trouver des mots… Parler.

Exprimer par des gestes, des paroles, par autant d’affirmations de beauté, de bonté, de confiance face à ce qui s’est déchaîné et qui en est l’exact opposé.

L’heure des mots... Nous souvenir de celui de fraternité, d’égalité et de liberté.

 Ils nous définissent et nous soudent. Plus que des mots, ils sont notre ciment !

Tout à l’heure je célébrerai -nous célébrerons !-,  la messe pour ce qui s’est passé, pour les morts. C’est une antique tradition de l’Église-. Tous méritent notre respect, et pourquoi pas ?, notre prière. Prière pour les vivants également, bien sûr ; pour ceux qui restent. Pour nous qui restons.

Et demain ? Comment allons-nous aborder les jours à venir ?

Un autre mot ici : celui de solidarité.

Il renvoie à tout autre chose qu’à l’expression d’une bonne conscience ou même d’une charité active face au malheur du monde !

Dans solidarité, il y a la même racine que dans solide. La solidarité, c’est ce qui est solide par l’unité de ceux qui sont ensemble et s’appuient les uns sur les autres. Ensemble… Notre solidité !

En passant dans ses bureaux et en partageant un peu de la peine ou de l’émotion qui a envahit cette maison,  l’une d’entre-nous me confiait ces mots beaux, forts, et solides, même si empreints de la douleur de l’instant : « Ici, je suis au bon endroit !».

Mots extraordinaires : oui, nous sommes au bon endroit chez les scouts et guides de France pour prendre à cœur, et sur nos épaules, notre part de ce qui est à dire et faire demain.

Merci à tous d’être venus. Nous observons maintenant cette minute de silence en solidarité avec le pays tout entier.
Fr. Benoît Vandeputte, o.p.


Aumônier général

Propositions et outils pour une démarche en unité

Quelques pistes de réflexion pour les 6-8 ans et leurs parents

Des questions que peuvent se poser les 6-8 ans

·         Pourquoi y a des méchants ?

·         Pourquoi les gens ont mis des affiches « Je suis Charlie » ?

·         C’est quoi une caricature ?

·         Peut-on rire de tout ?

·         Pourquoi Dieu n’a pas toujours le même nom ?

·         Est-ce que c’est Dieu qui nous demande de tuer ?

·         Pourquoi ils sont morts ?

Quelques conseils

·         Faire parler les enfants

·         Dire et nommer les choses (travail sur les définitions des mots compliqués comme extrémistes, djihadistes, caricature, liberté d’expression….)

·         Ne pas cacher ses émotions

·         Etre rassurants

·         Attention à la violence des images qui pour les plus jeunes n’ont pas de caractère informatif et les sidèrent empêchant la réflexion et le dialogue

·         Ne pas parler que de ça mais répondre aux questions quand elles se posent.

Des approches psychologiques

Des publications pour les enfants de 6-8 ans

  • Le journal d'information Le Petit Quotidien (pour les 6-10 ans),  est en téléchargement gratuit le vendredi 9 janvier 2015.
  • Livre « Les questions des tous petits sur Dieu » édition Bayard Jeunesse.
    • P.96 « Pourquoi il n’empêche pas le mal, Dieu ? »
    • P.124 « Pourquoi on n’a pas tous le même Dieu ? »
  • Pomme d’Api Soleil n°de février-mars 2013 « Pourquoi il y a des méchants ? »
  • Le petit quotidien du 17 novembre

Des outils pédagogiques