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Le bonheur selon Eric-Emmanuel Schmitt

IMG_EE_SCHMIT23.04.2011 - C’est dans une ambiance détendue et auprès d’une assemblée attentive et participante d’accompagnateurs qu’Eric-Emmanuel Schmitt, écrivain et réalisateur français, a donné ce samedi au 104 une conférence interactive sur le thème « S’engager ici et maintenant permet de se réaliser et de trouver le bonheur ». Un thème totalement à contre-courant des idées actuelles de notre société, que le philosophe a abordé de manière apaisée et heureuse.

Il nous donne quelques-uns des ingrédients qui composent sa recette du bonheur, tels que le respect, l’optimisme, le rêve, le mysticisme ou la confiance. Voici quelques morceaux choisis, c’est nourrissant et ça se dévore facilement, alors n’hésitez pas et savourez !

_mg_8746-jpgUne solide base de respect
« Quand je vois des pancartes où l’on clame le respect de la différence, le professeur de philosophie remonte en moi et j’ai envie d’écrire « faux-sens !! » en rouge, dans la marge… en réalité, ce qui fonde le respect de l’autre, c’est quand l’autre nous ressemble. C’est parce qu’on est identique que l’on doit se respecter différents. En religion, on respecte l’individu qui comme nous se pose des questions et cherche des réponses : nous sommes frères en questions mais ennemis en réponses. »
« Il faut accepter d’être diagnostiqué par les autres, leurs regards poussent à aller plus loin, à aimer »

Une bonne mesure d’optimisme
« Je ne vois pas l’intérêt de cultiver la tristesse au lieu de cultiver la joie. Nous vivons dans une société malade où les gens vivent optimistes et parlent pessimiste ; le pessimisme est devenu une opinion qui vire d’ailleurs trop souvent au cynisme et au nihilisme. Luttons contre ça, vous au cœur de votre mouvement et moi avec mes livres. Diagnostiquons ce qui ne va pas et ne consentons pas au mal, identifions ce qui dépend de nous et redressons nos manches. Avec l’alliance du courage et de l’intelligence, nous pouvons refuser de pactiser avec la tragédie ! Cultiver la joie c’est une clef du bonheur. »
« La joie est le rapport au plein, alors que la tristesse est le rapport au manque. C’est comme si vous aviez un bouton on/off sur votre vie : le bouton on vous permet de la vivre avec joie, alors que le bouton off vous en empêche… La joie n’est pas seulement spontanée, c’est une disposition à travailler en soi. Il faut savoir se réjouir d’exister, se contenter de ce que l’on a, savourer le vécu. »
« La joie, c’est aussi simplement le rapport aux autres… certaines rencontres changent tout dans votre vie. Sartre disait « l’enfer c’est les autres », moi je dis « pas de paradis sans les autres ! »

Une belle part de rêve
« Je crois beaucoup au pouvoir de l’imagination pour agrandir la vie ». « En tant qu’accompagnateurs, vous aidez le jeune à concrétiser son rêve en projet. C’est important pour lui à un moment de sa vie où il croit devoir faire le deuil de tous les rêves qu’il avait enfant, c’est un peu l’âge de la fin du rêve et du début de la réalité. Il faut l’aider à pactiser avec la réalité pour y insérer du rêve plutôt qu’il cherche à la fuir par tous les moyens. C’est aussi une façon pour vous de lui dire « bienvenue dans le monde des adultes », ce qu’on ne dit pas ailleurs, notamment dans les médias où la logique de spectacle conduit à un culte du négatif. »


Une pincée généreuse de mysticisme

« Je me suis perdu un jour dans le désert du Hoggar, seul, sans eau ni rien à manger, pendant trente-deux heures. Hé bien ce fut une expérience merveilleuse. Je n’ai pas du tout eu peur, mais au contraire j’ai ressenti une grande confiance. Ce fut une nuit mystique ! Malheureusement on m’a retrouvé… je serais bien mort croyant, mais il m’a fallu vivre croyant, c’est beaucoup plus dur ! J’étais unifié, le cœur, la tête et le corps. C’était une expérience de l’absolu, je n’ai pas rencontré un dieu de religion mais un Dieu du monothéisme dont l’adresse est le désert… »

« Par la suite, j’ai relu les écrits religieux en passant par la porte du mysticisme. Dans les évangiles, j’ai trouvé la dimension de l’amour remplaçant la peur dans les liens sociaux : un vrai plus par rapport à une expérience mystique ! »


Une dose infinie de confiance

« C’est le pari pascalien : on a intérêt à croire… Même s' il ne se passe rien à la fin de notre vie, on aura vécu selon des valeurs, donc on aura tout gagné. Et puis le regret, ce n’est pas mon truc ! »
« Il faut retrouver l’esprit de l’enfance, retrouver la confiance dans le mystère. Parce qu’au fond, quel intérêt à habiter le mystère avec peur ? »
« La confiance se reçoit, se fabrique, s’entretient. C’est une petite flamme qui n’éclaire rien mais qui tient chaud ! »

Lorsqu’on demande à Eric-Emmanuel Schmitt de conseiller aux jeunes compagnons l'un de ses livres, il nous répond « La part de l’autre », un écrit de géopolitique-fiction portant sur les choix à prendre dans une vie. Et il ajoute, jolie cerise sur son gâteau résolument optimiste : « Vivez chaque jour comme si c’était la dernière fois ! ».