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Laudato Si' : le pape nous a écrit

797 Catherine HofmannLe 18 juin, il s’est passé quelque chose.

Le pape François t’a écrit, et à moi aussi. A chacun de nous il adresse un défi. J’ai lu sa lettre, Laudato Si’, sur la protection de notre maison commune. On aime bien cela chez les scouts et les guides, le fort protège le faible. Et par ses mots où la fragilité de notre terre commune rejoint celle du pauvre, Il invite à une écologie intégrale qui est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. L’habitude du déchet par exemple !

0gmxwNotre mouvement est souvent prompt à s’encenser lui-même. Ne sommes-nous pas bénévoles ! Et puis nous sommes en croissance, nous fécondons de beaux projets de groupes, des aventures sympas ; ce que nous vivons ensemble a du sens ; l’énergie partagée est tangible comme par exemple à
Effervescence et ambitieuse, comme par notre plan d’orientation Grandir et servir ensemble ; la qualité de se qui se prépare est visible comme pour You’re up, pour le  Jamboree du Japon.   Le scoutisme sait depuis longtemps l’importance de la nature, s’y ressource, l’exigence du développement et de la solidarité locale et mondiale…

Méfions nous de cette autosatisfaction, elle n’est pas assez créatrice. Cette encyclique ne nous conforte pas, elle invite à nous
transformer, nous déjà. Elle donne une direction pour comme jamais avant créer de la cohérence, éclairer ces questions par la lumière de la Foi. La conversion écologique intégrale rappelle que tout défi, tout changement a besoin de motivations et d’un chemin éducatif.

L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire la maison commune. Nous sommes la première génération qui sait vraiment l’enjeu du climat et la dernière à pouvoir encore agir pour préserver une température qui ne croit pas plus de 2°. Le 11 Janvier, beaucoup d’entre nous ont souhaité manifester pour participer à la solidarité nationale mais depuis prenons nous vraiment la mesure de ce qu’il nous faut inventer pour éduquer à la laïcité et à la tolérance ?

De la même manière, avec beaucoup d’autres nous saluons cette encyclique que nous attendions depuis longtemps. Saint François qui l’éclaire est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale. Quel genre de monde voulons-nous donner à ceux qui nous succèdent ? et comment le préparons nous ?

Bons camps

Ne rentrez pas chez vous comme avant,
Ne vivez pas chez vous comme avant,
Changez vos cœurs, chassez vos peurs,
Vivez en hommes nouveaux.

 

Gilles Vermot Desroches
Président
 

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benoit vandeputte 2014«…Comme un livre »


Ne nous y trompons pas. En livrant sa lettre –c’est le sens du mot encyclique- à qui veut bien la lire, le Pape François s’attaque à une tâche surhumaine : ré-enchanter le monde. Autrement-dit lui faire retrouver « l’enchantement » d’un récit fondateur…ou le sens de ses origines. Pour cela, il tourne notre regard et notre intelligence sur l’avenir de la planète.

Le livre de la Création

Quand les Scouts et Guides de France écrivent dans leur plan d’orientation tout frais qu'ils reçoivent « la Création comme un héritage dont nous sommes responsables », ils s’inscrivent dans le droit fil de la pensée du Saint-Père et de toute la Tradition avant lui. Le monde est en devenir jour après jour sous la main de l’architecte, un don plus qu’une matière ou un objet, un livre à lire, décrypter, comprendre, aimer.

Ainsi, cette Création, livre pour tous du Dieu de tous, ne peut qu’amener à une communion universelle. Cette idée de fraternité si manifestement antécédente à Jésus et au Christianisme mérite d’être creusée, et le Pape nous y aide. En dépassant l’aspect purement humain de la question fraternelle, il la situe dans son contexte. Le Pape agit ainsi comme un metteur en scène qui invite les acteurs d’une pièce à habiter la scène de leur art. Et au-delà à comprendre que la scène n’est pas qu’un décor mais qu’elle est un monde en soi : leur monde, reflet du seul monde qui soit. C’est le sens profond et premier du mot « cosmique », une idée que le Pape François empreinte là-aussi, à l’Église des origines. Le « cosmos » n’est pas tant le ciel constellé d’astres et d’étoiles que « le » monde dans sa totalité, celui que Jésus viendra habiter et par là, sauver. A ce titre, toute prière, toute liturgie surtout est véritablement « cosmique », et l’homme « microcosme » de la Création, reflet, image et acteur. Ni plus ni moins.

Certains seront peut-être déçus que le Pape « n’embraye » pas plus sur le rendez-vous de Paris et la COP 21. Tel n’est pas son rôle. D’abord parce qu’il ne peut passer pour l’assistant d’un rendez-vous politique. Ensuite parce que la vraie réponse à la crise climatique est ailleurs. Évidemment, la solution sera politique et économique. Mais si le Pape n’est tendre ni pour l’une ni pour l’autre, c’est que rien ne se fera sans…conversion : ce vieux rendez-vous de la vie spirituelle et de la morale qui dé-technicise la question du climat. Rendez-vous cosmique en vérité, pour l'Homme qui sait lire et veut d’abord, et veut enfin, exprimer émerveillement et gratitude. Laudato si’ : Loué sois-tu

La dernière fois qu’un pape avait écrit des textes majeurs autrement qu’en latin, cela se passait au XXème siècle : face aux spoliations de l’Église par l’État, en France avec Une fois encore, en 1907. Puis dans les années Trente face à la montée du fascisme en 1931 : Non abbiamo bisogno : Nous n’avons pas besoin, et du nazisme en 1937 avec Mit Brennender Sorge : Dans un soucis brûlant.
Là réside le langage et la manière du Pape face à l’urgence politique ou économique…ou climatique.

Si la louange du Pape est de saint François d’Assise, son modèle, l’argumentaire théologique et spirituel vient de plus loin. Là encore les mots ne sont pas neutres. L’oikos, en grec, c’est la maison. De là, notre mot « œcuménisme ». François cite souvent son ami Bartholomée, le patriarche de Constantinople, qui a été berger, seul dans son île au large la Turquie, et « possède » toujours un âne. Avec le livre de la Création, avec le cosmos, notion qui vient d’Orient, avec Bartholomée, le Pape François donne une impulsion qui vise à donner toute sa dimension à la « sauvegarde de la maison commune ».

L’enjeu vital de l’humanité est ainsi « sourcé », refondé, ré-enchanté, espérant :
Laudato si’, Loué sois-Tu Seigneur : en vérité !

Benoit Vandeputte,
Aumônier Général

 

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