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Le jamboree de la paix 1947 : le début d’une longue amitié scoute franco-allemande

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27 aout 1948 : Johannes Hoffmann, chef du  gouvernement sarrois, en compagnie du Haut commissaire de France en Sarre, Gilbert Grandval, à sa gauche, salue les chefs du camp scout franco-allemand

Août 1947 : 25 000 scouts du monde entier se retrouvent à Moisson dans les Yvelines pour le 6ème jamboree mondial, le Jamboree de la Paix. A cette occasion, malgré les drames récents de la seconde guerre mondiale, des scouts français et des scouts allemands se rencontrent. Ce jamboree marque le début de l’amitié scoute franco-allemande, spécialement entre les Scouts et Guides de France (SGDF) et leur homologue allemand, la Deutsche Pfadfinderschaft Sankt Georg (DPSG).

[en-tete] [titre]Le jamboree de la paix 1947 : le début d’une longue amitié scoute franco-allemande[/titre] [media image plein-ecran]https://www.sgdf.fr/images/stories/moissonphoto1.jpg[/media] [/en-tete]

[sous-titre]1945 : Allemagne année zéro[/sous-titre]

En 1945, l’Allemagne n’existe plus en tant qu’Etat. Elle est scindée en 4 zones d’occupation (française, américaine, britannique et soviétique) et un Etat indépendant, satellite de la France, la Sarre.

Les Français, comme les Britanniques et les Américains, souhaitent faire découvrir les valeurs de la démocratie à la jeunesse allemande, marquée par douze ans de nazisme. La création de groupes de jeunes fonctionnant sur le modèle scout est encouragée par les services de la jeunesse de la zone d’occupation française. Il s’agit de faciliter le rapprochement des jeunesses françaises et allemandes, afin d’éviter le retour de nouvelles guerres par des échanges culturels et des rencontres.

[media image]https://www.sgdf.fr/images/stories/moison2.jpg[/media]

[sous-titre]Les Allemands au Jamboree de la Paix[/sous-titre]

Le jamboree constitue une occasion exceptionnelle pour que les jeunes français et allemands se rencontrent, en dépit des drames de la guerre. Mais la question de la présence allemande au jamboree de la Paix est particulièrement délicate. Le scoutisme allemand avait été interdit par les nazis à partir de 1933. Auparavant, il n’avait jamais été reconnu au plan international en raison de ses divisions internes et de la politisation de certaines associations scoutes.

Après six années de guerre, permettre la rencontre de jeunes de pays qui pour certains étaient en guerre deux ans auparavant constitue un pari osé. En effet, le souvenir de la guerre est bien présent à Moisson : la délégation belge installe un monument à la mémoire des 845 scouts morts pour la Belgique de 1940 à 1945.

Malgré ces difficultés, le Scoutisme Français et la direction de l’éducation du Gouvernement militaire de la zone d’occupation française organisent la venue de jeunes Allemands à Moisson.

[sous-titre]Les scouts sarrois à Moisson[/sous-titre]

Une dizaine de scouts sarrois, membres de la Pfadfinderschaft Sankt Georg Saar, une association locale de scouts catholiques, s’installent à Vernon dans l’Eure, à 20 km de Moisson. Ils se demandent comment ils vont être accueillis. L’occupation allemande de 1940-1944 a laissé un souvenir effroyable en France. Les Sarrois sont pourtant cordialement accueillis par le maire de Vernon qui leur souhaite la bienvenue. Ils se rendent au Jamboree en tant que visiteurs, découvrent le scoutisme mondial. « Le scout est le frère de tout autre scout » devient pour eux une réalité concrète.

Les scouts sarrois sont stupéfaits de l’accueil reçu. Le camp se termine par un acte hautement symbolique : en signe de fraternité et de remerciement, le chef de la délégation sarroise remet aux Français le seul fanion scout ayant échappé aux perquisitions de la Gestapo. Profondément émus par ce symbole, les Français demandent aux Sarrois de le conserver et de le considérer comme le symbole de leur amitié.

Quelques semaines plus tard, après leur retour, les scouts sarrois écrivent une lettre au maire de Vernon : « Par votre poignée de main, vous avez inscrit au cœur de chacun d’entre nous que vous oubliez les plaies du passé et que l’heure d’une collaboration généreuse à l’élaboration de temps meilleurs a sonné ». Les scouts de Vernon reçoivent de leur côté une gravure illustrée par la tour de l’hôtel de ville de Sarrebruck et le mont Spicheren, frontière entre la France et le Sarre et haut-lieu de combats entre Français et Allemands en 1870 : « Des semaines déjà ont passé depuis que nous nous sommes quittés, mais toujours nous vivons sous l’impression profonde laissée en nous par ce moment inoubliable que nous avons vécu au Jamboree de la Paix ».

[media image]https://www.sgdf.fr/images/stories/images/stories/moisson5.jpg[/media]

[sous-titre]Les scouts français en Sarre[/sous-titre]

En remerciement de l’accueil reçu au Jamboree, les Sarrois proposent aux Français de participer à un camp chez eux à Netzbachtal en 1948. 5 scouts de Vernon se rendent au camp des 300 scouts sarrois. C’est pour eux le premier camp depuis l’interdiction du scoutisme en Sarre en 1935 par les nazis. Les Français voient dans quelles conditions difficiles campent les scouts sarrois.

Cette participation française est l’occasion d’une manifestation exceptionnelle. Le 27 août 1948, Johannes Hoffmann, chef du gouvernement sarrois, découvre le camp en compagnie de Gilbert Grandval, Haut commissaire de France en Sarre. Ils sont accompagnés par plusieurs ministres sarrois, dont celui de l’éducation et des cultes, par le délégué apostolique du Vatican en Sarre et par les autorités militaires françaises dans ce pays. Ils visitent le camp, rencontrent les scouts, et participent à une veillée. La presse et la radio sarroises couvrent l’événement. Quelques jours après, les scouts français sont reçus au siège du gouvernement sarrois. En signe d’amitié, les scouts sarrois remettent aux Français un album photo souvenir.

[sous-titre]Soixante dix ans après[/sous-titre]

Le jamboree de la Paix de 1947 a donc marqué le début de l’amitié scoute franco allemande malgré les drames qui s’étaient déroulés peu de temps auparavant. Par leur choix du rapprochement avec les Allemands, les scouts de France ont posé un acte fort, en décalage avec le sentiment d’une large partie l’opinion publique. Ils souhaitaient dépasser les haines d’hier et construire l’Europe. N’oublions pas leur exemple.

Merci à Jean-Jacques Gauthé pour ce texte, en partie reprise de sa contribution

« Les scouts et la réconciliation franco-allemande » publiée dans le n° 286 de la Lettre aux communautés, publiée par la Mission de France, septembre-octobre 2016.

27 aout 1948 : Johannes Hoffmann, chef du  gouvernement sarrois, en compagnie du Haut commissaire de France en Sarre, Gilbert Grandval, à sa gauche, salue les chefs du camp scout franco-allemand

Août 1947 : 25 000 scouts du monde entier se retrouvent à Moisson dans les Yvelines pour le 6ème jamboree mondial, le Jamboree de la Paix. A cette occasion, malgré les drames récents de la seconde guerre mondiale, des scouts français et des scouts allemands se rencontrent. Ce jamboree marque le début de l’amitié scoute franco-allemande, spécialement entre les Scouts et Guides de France (SGDF) et leur homologue allemand, la Deutsche Pfadfinderschaft Sankt Georg (DPSG).

Le jamboree de la paix 1947 : le début d’une longue amitié scoute franco-allemande

Rédigé par , publié le

1945 : Allemagne année zéro

En 1945, l’Allemagne n’existe plus en tant qu’Etat. Elle est scindée en 4 zones d’occupation (française, américaine, britannique et soviétique) et un Etat indépendant, satellite de la France, la Sarre.

Les Français, comme les Britanniques et les Américains, souhaitent faire découvrir les valeurs de la démocratie à la jeunesse allemande, marquée par douze ans de nazisme. La création de groupes de jeunes fonctionnant sur le modèle scout est encouragée par les services de la jeunesse de la zone d’occupation française. Il s’agit de faciliter le rapprochement des jeunesses françaises et allemandes, afin d’éviter le retour de nouvelles guerres par des échanges culturels et des rencontres.

Les Allemands au Jamboree de la Paix

Le jamboree constitue une occasion exceptionnelle pour que les jeunes français et allemands se rencontrent, en dépit des drames de la guerre. Mais la question de la présence allemande au jamboree de la Paix est particulièrement délicate. Le scoutisme allemand avait été interdit par les nazis à partir de 1933. Auparavant, il n’avait jamais été reconnu au plan international en raison de ses divisions internes et de la politisation de certaines associations scoutes.

Après six années de guerre, permettre la rencontre de jeunes de pays qui pour certains étaient en guerre deux ans auparavant constitue un pari osé. En effet, le souvenir de la guerre est bien présent à Moisson : la délégation belge installe un monument à la mémoire des 845 scouts morts pour la Belgique de 1940 à 1945.

Malgré ces difficultés, le Scoutisme Français et la direction de l’éducation du Gouvernement militaire de la zone d’occupation française organisent la venue de jeunes Allemands à Moisson.

Les scouts sarrois à Moisson

Une dizaine de scouts sarrois, membres de la Pfadfinderschaft Sankt Georg Saar, une association locale de scouts catholiques, s’installent à Vernon dans l’Eure, à 20 km de Moisson. Ils se demandent comment ils vont être accueillis. L’occupation allemande de 1940-1944 a laissé un souvenir effroyable en France. Les Sarrois sont pourtant cordialement accueillis par le maire de Vernon qui leur souhaite la bienvenue. Ils se rendent au Jamboree en tant que visiteurs, découvrent le scoutisme mondial. « Le scout est le frère de tout autre scout » devient pour eux une réalité concrète.

Les scouts sarrois sont stupéfaits de l’accueil reçu. Le camp se termine par un acte hautement symbolique : en signe de fraternité et de remerciement, le chef de la délégation sarroise remet aux Français le seul fanion scout ayant échappé aux perquisitions de la Gestapo. Profondément émus par ce symbole, les Français demandent aux Sarrois de le conserver et de le considérer comme le symbole de leur amitié.

Quelques semaines plus tard, après leur retour, les scouts sarrois écrivent une lettre au maire de Vernon : « Par votre poignée de main, vous avez inscrit au cœur de chacun d’entre nous que vous oubliez les plaies du passé et que l’heure d’une collaboration généreuse à l’élaboration de temps meilleurs a sonné ». Les scouts de Vernon reçoivent de leur côté une gravure illustrée par la tour de l’hôtel de ville de Sarrebruck et le mont Spicheren, frontière entre la France et le Sarre et haut-lieu de combats entre Français et Allemands en 1870 : « Des semaines déjà ont passé depuis que nous nous sommes quittés, mais toujours nous vivons sous l’impression profonde laissée en nous par ce moment inoubliable que nous avons vécu au Jamboree de la Paix ».

Les scouts français en Sarre

En remerciement de l’accueil reçu au Jamboree, les Sarrois proposent aux Français de participer à un camp chez eux à Netzbachtal en 1948. 5 scouts de Vernon se rendent au camp des 300 scouts sarrois. C’est pour eux le premier camp depuis l’interdiction du scoutisme en Sarre en 1935 par les nazis. Les Français voient dans quelles conditions difficiles campent les scouts sarrois.

Cette participation française est l’occasion d’une manifestation exceptionnelle. Le 27 août 1948, Johannes Hoffmann, chef du gouvernement sarrois, découvre le camp en compagnie de Gilbert Grandval, Haut commissaire de France en Sarre. Ils sont accompagnés par plusieurs ministres sarrois, dont celui de l’éducation et des cultes, par le délégué apostolique du Vatican en Sarre et par les autorités militaires françaises dans ce pays. Ils visitent le camp, rencontrent les scouts, et participent à une veillée. La presse et la radio sarroises couvrent l’événement. Quelques jours après, les scouts français sont reçus au siège du gouvernement sarrois. En signe d’amitié, les scouts sarrois remettent aux Français un album photo souvenir.

Soixante dix ans après

Le jamboree de la Paix de 1947 a donc marqué le début de l’amitié scoute franco allemande malgré les drames qui s’étaient déroulés peu de temps auparavant. Par leur choix du rapprochement avec les Allemands, les scouts de France ont posé un acte fort, en décalage avec le sentiment d’une large partie l’opinion publique. Ils souhaitaient dépasser les haines d’hier et construire l’Europe. N’oublions pas leur exemple.

Merci à Jean-Jacques Gauthé pour ce texte, en partie reprise de sa contribution

« Les scouts et la réconciliation franco-allemande » publiée dans le n° 286 de la Lettre aux communautés, publiée par la Mission de France, septembre-octobre 2016.