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Une équipe compagnons solidaire des réfugiés de l’île de Chios

Chios 1L’été dernier, Adrian, Ariane, Etienne, Thomas, compagnons dans le groupe Val de Bièvre, ont choisi de vivre une expérience forte: partir à la rencontre des réfugiés et demandeurs d’asile, sur l’île grecque de Chios. Trois semaines intenses en immersion au contact d’un sujet brûlant qui questionne nos sociétés européennes. Rencontre.

« Pas besoin de partir loin pour aider, car même à côté de chez nous, il y a des besoins ! » Pour Thomas, Etienne, Ariane et Adrian de l’équipe des « Compa’dlimites », l’idée de partir à l’autre bout du monde pour vivre leur « expériment long » n’a jamais été une évidence. Ils se sont même posé la question de rester en France. Mais « apprendre à dépasser la barrière de la langue et la découverte d’une autre culture sont deux dimensions importantes dans le projet compagnon » précise Thomas, 19 ans, et étudiant à Science Po Paris. Ils ont alors élargi leur recherche de projet à l’Europe entière.

La Grèce s’est imposée pour plusieurs raisons. Le pays est un carrefour culturel, “c’était un critère important pour nous” explique Etienne, 19 ans, étudiant en sciences sociales. C’est également l’un des principaux lieux d’arrivée en Europe des réfugiés et demandeurs d’asile. « C’est une autre raison qui nous a poussés à nous tourner vers la Grèce » raconte Ariane, en études de médecine. « Après avoir choisi le pays à cause des nombreux camps qu’il accueillait sur son sol, nous avons commencé à rechercher des associations sur place » continue Thomas. Un article sur les scouts de Chios et l’aide qu’ils apportaient aux réfugiés a fini de les convaincre : c’était décidé, c’est là qu’ils iraient faire leur projet.

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Départ le 7 juillet de Paris. Après quelques heures de vol et une nuit en bateau, l’équipe arrive au petit matin sur l’île de Chios où se trouve le camp de réfugiés de Souda. Les compagnons sont orientés vers FEOX, qui fonctionne sur les initiatives et idées des bénévoles présents. “Avant de commencer nos actions, nous avons décidé d’attendre un ou deux jours, pour découvrir la vie et l’organisation sur place ”. Rencontres avec les ONG, rendez-vous à la mairie pour obtenir les autorisations nécessaires… La mission peut commencer. 

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« Nous étions venus pour organiser des jeux pour les enfants » détaille Etienne. Pour cela, les compagnons se sont organisés avec les associations déjà présentes et actives sur le camp. « Le matin nous nous sommes associés à un groupe de bénévoles norvégiens pour faire des chorégraphies » poursuit l’étudiant. Cette famille scandinave organisait des sessions de danse pour les jeunes, le matin à 9h30 et le soir à 18h. “Nous avons aussi eu un très bon contact avec les responsables de l’association Chios Eastern Shore Response Team. Ils nous ont proposé de prendre en charge les activités avec les enfants entre 16h30 et 18h, au moment où ils servent le thé aux adultes pour leur permettre de se retrouver au calme”.

Grâce à ces créneaux, l’équipe met rapidement en place des jeux, des ateliers peinture, du dessin… Le reste de la journée, les compagnons prennent le temps d’échanger. « Nous avons beaucoup communiqué avec les gens plus âgés et les adolescents, afin de connaître leurs besoins » raconte Ariane. “Nous avons rapidement remarqué qu’il n’y avait aucune activité pour les adultes… Même les cours d’anglais étaient organisés à l’extérieur du camp, et les personnes réfugiées ne pouvaient pas s’y rendre”. Les compagnons lancent alors l’idée d’un cours d’anglais à l’intérieur du camp, et se retrouvent chaque jour à animer une classe avec des jeunes syriens de leur âge. Les rencontres sont nombreuses, et les échanges d’une grande richesse.
Pour Thomas, le plus beau moment a été lorsque « les Camerounais leur ont appris des danses traditionnelles ».

 

Dîners, discussions animées, baignades et parties de foot endiablées sont autant de moments privilégiés qui permettent à Ariane, Etienne, Thomas et Adrian de s’enrichir au contact de toutes ces personnes qu’ils côtoient chaque jour. « Ce contact humain était très important, mais on ne s’en est réellement rendus compte que lorsque nous sommes rentrés en France» se souvient Etienne avec émotion.

En parallèle, l’idée d’une exposition sur leur projet se développe : les membres de l’équipe s’organisent pour interviewer et photographier ces familles dans leur vie quotidienne. Avec un objectif : porter la parole des réfugiés et demandeurs d’asile au-delà du camp. Au fil des discussions, ils découvrent notamment que les Grecs ont beaucoup aidé lors de la création des structures d’accueil. Ces interviews leur ont également permis de rencontrer des personnes qui étaient en réelle détresse. Les membres de l’équipe se sentaient parfois impuissants face à elles. C’était donc un enjeu important pour Thomas, Ariane Etienne et Adrian de devenir, à leur échelle, les porte-paroles des réfugiés auprès des écoles, de leurs proches. « On cherche à leur être utile à notre manière » et « à dépasser l’image que donne certains médias » développent Thomas et Etienne.

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Ce projet leur a permis “d’ouvrir les yeux sur le monde et sur ce sujet très médiatique”, explique Ariane. Leur nuit passée dans les montagnes reste l’un des moments forts de leur voyage, qui les a soudés et permis d’échanger sur leur expérience. « Nous avons aussi découvert l’envers du décor et les limites de l’action des associations bénévoles qui sont présentes principalement en été, et souvent absentes le reste de l’année. Nous avons pu construire notre opinion personnelle sur la question des réfugiés, et nous avons réalisés que nous avions le même besoin de partager cette expérience en France » renchérit Etienne. Ce fut difficile pour eux lors du départ de se dire qu’ils allaient “retrouver leur quotidien” alors qu’ils “allaient laisser des personnes à laquelle ils s’étaient attachés dans la misère” raconte Ariane avec émotion. Ces 3 semaines intenses passées dans le camp de réfugié de Souda a fait naître leur envie de témoigner de leur aventure, notamment par le biais de leur exposition. « C’est notre manière de poursuivre le voyage : raconter l’histoire de toutes ces personnes que nous avons rencontrées, pour continuer à faire vivre ces moments forts de rencontres qui ont changé notre regard ».