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Zoé, 16 ans : une plaidoirie pour briser le tabou des violences sexuelles

zoeFemme, jusqu’à quand laisseras-tu le silence t’écraser ?”. C’est le titre de la plaidoirie délivrée par Zoé en janvier dernier lors de la finale du concours de plaidoiries lycéens au mémorial de Caen. A 16 ans, la jeune fille a pris la parole pour parler des violences sexuelles, les dénoncer, mais aussi raconter son agression sexuelle. Cette plaidoirie a touché des milliers de personnes. Zoé continue depuis de témoigner, notamment dans les médias.

Caravelle dans le groupe Rolland Pierre en Normandie, elle a également souhaité prendre la parole au sein des Scouts et Guides de France.

Le 26 janvier 2018, devant près de 3000 personnes réunies au mémorial de Caen, Zoé a commencé sa plaidoirie par ces mots : “les violences sexuelles ne semblent donc plus être une légende. Il y a eu Lise, attouchée par son grand-père à 11 ans. Il y a eu Sophie, agressée par son ex-petit ami, saoul [...] Et il y a eu moi”.

Pendant une dizaine de minutes, la lycéenne de 16 ans, a dénoncé la culture du viol, les idées reçues sur le viol, la loi du silence, la honte qui entoure les victimes de violences sexuelles.

A l’automne 2017, Zoé candidate au concours de plaidoiries des lycéens sur les droits de l’homme, et envoie le texte, “Femme, jusqu’à quand laisseras-tu le silence t’écraser?

Ce sujet m'est apparu comme une évidence, parce que je me sentais totalement légitime de l'aborder, parce que je l'avais vécu, donc je savais exactement quoi dire, par rapport au ressenti des victimes. Je me suis dit que ce serait un peu comme une thérapie parce qu'on dit toujours qu'il faut en parler, il ne faut pas vous laisser vous enfermer seule, et là c'était répondre à ça, à l'extrême”.

Ce sujet-là, la lycéenne décide de l’aborder avant que débute le mouvement « Balance ton porc », à partir d’octobre 2017. Cet élément a son importance : au moment où Zoé écrit sa plaidoirie, les témoignages sur les agressions sexuelles et les viols sont peu nombreux et très tabous.

Ce mouvement m'a conforté dans mon choix parce que j'avais super peur. Je me demandais si, en présentant ce sujet, les gens allaient être prêts à entendre ce que j'allais dire. C'est un sujet tellement tabou… Ca été un soulagement, une délivrance quand il y a eu l'affaire Weinstein, Balance ton porc, Me Too… Toutes ces voix de femmes qui se sont élevées ! Je me suis dit "enfin", et ma voix sera une de plus. Je me sentais moins seule dans la démarche”.

Dans la plaidoirie, Zoé aborde et dénonce de nombreux tabous, qui favorisent toujours aujourd’hui la culture du viol et enferme les victimes dans leur silence.
“La honte doit changer le camp” interpelle la lycéenne. “Ce silence, je choisis de le briser, et c’est pour cela que je me présente devant vous, en mon nom et en celui de toutes celles qui se sont tues” déclare Zoé sur la scène du mémorial de Caen. Elle veut encourager les femmes, victimes comme elle, à ne plus se taire.

Je me suis demandée comment mon message pourrait être pertinent et qu'est-ce que je voulais que les gens retiennent. Je veux que les gens retiennent que moi, ça fait peu de temps que ça m'est arrivé, j'ai 16 ans, je n'ai pas une expérience énorme dans la vie, mais je le fais quand même, je ne me tais pas. Je ne sais pas si beaucoup de gens aurait pu faire la même chose. Il y a pas mal de gens qui me disent, tu vois, tu es un modèle, tu nous inspires.

Et inconsciemment, c'était peut-être un peu ça, je me disais, moi qui ne suis pas une victime type, qui n'est pas d'expérience particulière dans la vie, si je le faisais, ça allait montrer à tout le monde que chacun en est capable. Avec beaucoup de travail psy derrière, mais tout le monde en est capable”.

La plaidoirie de Zoé lors de cette finale de ce concours, plutôt médiatisée, a un impact immédiat. En parallèle des demandes d’interviews, de nombreuses personnes la contactent via les réseaux sociaux, et la majorité sont des inconnues.

Les gens me contactent pour me dire que, eux aussi ils sont victimes” témoigne Zoé. “Ils me racontent leur histoire, me disent qu’ils n’ont jamais osé en parler, qu’ils n’ont jamais porté plainte. Ils me disent que je suis un modèle pour eux, pour les victimes. Même si je ne suis pas une victime type, ça me touche énormément, je me dis que je n’ai pas fait ça pour rien et que ma plaidoirie a eu un impact sur les consciences.

Mon seul regret, c’est que je n’ai pas parlé des garçons auxquels ça arrive aussi, je n’y ai pas pensé sur le coup car je m’appuyais sur mon cas. Mais eux aussi peuvent être victimes et doivent en parler”.

Ce qu’il faut pour Zoé, c’est changer les mentalités, faire évoluer les consciences, mais cela, ça prendra de nombreuses années. Et pour cela, la parole ne suffit pas. La caravelle appelle à des actions pour mettre fin aux violences sexuelles, de la part de l’Etat notamment.

Dans sa plaidoirie, elle sollicite la formation des professionnels de santé, des enseignants, des gendarmes en contact avec les victimes, le renforcement des cours d’éducation sexuelle dans les collèges et lycées, la prise en charge du suivi psychologique… Elle avertit également sur le travail de la justice, qui doit aller plus loin, plus vite.

Ce qui est hyper dur pour les victimes c’est la justice. C’est hyper long. Moi, ça va faire quasiment 10 mois que j’ai porté plainte et j’ai eu presque aucun retour de la gendarmerie. Un peu, évidemment, mais c’est tellement long… Les victimes, il faut qu’elles ne puissent pas oublier, mais tourner la page. Et c’est impossible quand on sait que la procédure judiciaire n’est pas terminée, et c’est loin d’être le cas en fait.

Par cette prise de parole, Zoé s’est appliquée à faire ce qu’elle demande : briser le silence.

Avant, j’étais comme beaucoup de victimes, à rester dans le silence” poursuit la lycéenne. “Mes proches seulement étaient au courant, j’avais beaucoup de mal à en parler. Mais cette histoire, à force de la partager, je la transforme. Je transforme quelque chose d’horrible, de traumatisant en quelque chose qui m’enrichit énormément dans ma vie”.

Si la médiatisation a aidé Zoé dans “sa résilience” et dans sa reconstruction psychologique, le sujet n’est pas pour autant devenu plus simple à aborder. Sa famille est au courant, ses amis également, tout comme les pionniers et caravelles de son unité, mais “beaucoup d’entre eux ont très peur d’en parler avec moi” confie la jeune fille. “Ils ont très peur de me blesser et d’être des intrus dans ma vie personnelle. Ils sont gênés parce que, malgré tout, ça reste un sujet dont on parle peu et dont on parle mal”.

A demi-mot et un peu gênée, Zoé reconnaît que, par son âge et son rôle de “madame tout le monde”, elle est devenue en quelque sorte un modèle et inspiration, pour les jeunes filles de sa génération, mais plus largement, pour de nombreuse femmes, victimes ou non : ”je ne suis pas la victime type et je me refuse bien sûr de parler au nom de toutes les victimes, que ce soient des femmes ou des hommes, mais je souhaite partager un message”.

Si j’avais un message à faire passer, c’est qu’en tant que victime, on n’a pas énormément de pouvoirs, mais on a le pouvoir de dénoncer, on a le pouvoir de parler, et chacun, comme dans la légende avec le Colibri qui dépose des gouttes d’eau dans un incendie ? Eh bah c’est pareil là. Si toutes les victimes se rassemblent, si tout le monde prend conscience, je pense que c’est le meilleur moyen de faire changer les choses. C’est de parler.

C’est comme ça en fait, je pense qu’on arrivera à vraiment faire évoluer les mentalités. Parce que je pense que, avec un peu d’empathie, on se rend tous compte que chacun est une victime potentielle. Moi j’ai fait ça aussi parce que j’ai des amies, j’ai des proches, j’ai 3 petites sœurs, j’ai pas envie que ça leur arrive”.

Pour aller plus loin, la plaidoirie de Zoé au mémorial de Caen est disponible icien vidéo et à l’écrit.

Comment accueillir la parole d’une victime ? 

 - Mettre la personne qui se confie en confiance : c’est peut-être la première fois qu’elle en parle et la démarche demande beaucoup de courage. Il faut la rassurer.

- Assurer une confidentialité totale à la personne : vous devez assurer à la personne que vous ne répéterez pas ce qu’elle vous dit. Ce n’est pas à vous de décider qui doit être au courant, surtout lors d’un camp par exemple.

- Ne pas la questionner : face la personne qui se confie, il faut avoir une écoute bienveillante, ne pas poser de questions sur les détails.

- Ne pas mettre en doute sa parole et la déculpabiliser : il ne faut surtout pas juger la personne, ne pas remettre en cause ce qu’elle vous dit.

- Ne pas forcer la personne mais tout de même l’inviter à s’orienter vers un professionnel : vous pouvez conseiller à la personne, si elle le souhaite, de se rapprocher de professionnels comme des psychologues, des conseillères conjugales et familiales, des associations d’aide aux victimes, pour être accompagnée.

- Pendant la période des camps, n’hésitez surtout pas à contacter la ligne d’urgence du centre national des Scouts et Guides de France pour en parler et être conseillé(e) : 01 47 07 81 62. Pendant le reste de l'année, contactez votre centre de ressource.

Pour aborder le sujet avec les jeunes de son unité ou de son groupe, il existe le kit “Non mais, genre !” pour aider les responsables questionner et sensibiliser les jeunes sur ces questions.