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Des enfants roms en camp : partager le scoutisme et changer les regards

camp romDu 19 au 24 juillet, le centre de Jambville a ouvert ses portes à une quinzaine d'enfants roms. Venus de différents bidonvilles de la région parisienne et accompagnés par l’association Les Enfants du Canal, ils ont découvert la joie des jeux, la chaleur des amitiés et des feux de camps comme des milliers de scouts ou guides cet été.
A l'origine de ce projet, Benjamin, chef scout et éducateur engagé. Rencontre.

Comment est né ce projet ?

L'année dernière, j'ai profité d’être en service civique chez les Enfants du Canal pour proposer de monter un projet en lien avec les Scouts et Guides de France. Malgré quelques réticences, mes collègues ont été convaincus par le cadre pédagogique du mouvement.

Avec l’aide de l'équipe Scoutisme en quartier, le premier camp a eu lieu l’été dernier avec 5 enfants et une équipe de 5 volontaires des Enfants du Canal, dont je faisais partie. Tout s'est très bien passé : les jeunes se sont laissés emporter par les activités, les jeux et même les services.
Nous avons eu beaucoup de retours positifs des enfants, des parents comme de nos partenaires. Et nous avons eu envie d’aller plus loin avec deux camps pour l'été 2018.

Quels étaient les nouveaux objectifs cette année ?

L’objectif était d’introduire davantage de diversité, au niveau des jeunes mais aussi au sein de l’équipe encadrante.
Nous avons donc fait appel à des volontaires français, roms et roumains, des équipes compagnons français...

Avant les mini-camps, nous avons fait venir les compagnons dans les bidonvilles, pour qu’ils comprennent mieux le projet et les conditions de vie des enfants. Ils ont été très surpris de découvrir que les bidonvilles parisiens sont les mêmes que ceux du Brésil ou de l'Inde qu'ils voient dans leurs livres de géographie. Cette prise de conscience leur a permis de donner un sens plus large à leur mission.

« Avant, j’habitais moi aussi dans un bidonville. Aujourd’hui, je suis à la fin de mon service civique et je vois à quel point les enfants ont évolué. Moi aussi, j’ai évolué.
Je n’étais pas très à l’aise avec les enfants au début, mais j’ai appris à communiquer avec eux, pour que les choses se passent le mieux possible.”
Tabita, 19 ans, service civique aux Enfants du Canal
 

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Quels sont les bénéfices de ce type de camp ? L’expérience est concluante ?

Les jeunes et les parents sont familiers avec l’association les Enfants du Canal, ils nous connaissent et nous font confiance. Les mini-camps permettent d'aller plus loin avec eux, car le comportement des enfants change beaucoup en fonction du cadre dans lequel ils vivent.
Par exemple, quand nous organisons des sorties d’une heure au parc à côté du bidonville, les enfants sont beaucoup plus dissipés et ils ont du mal à se concentrer. En camp, nous voyons qu’ils font chaque jour de nouveaux progrès. Pour eux, c’est idéal pour s’épanouir : ils ont de l’espace pour se dépenser et jouer, beaucoup d’attention de la part des encadrants et des encadrantes qui sont là uniquement pour eux.

Mais les bénéfices ne s’arrêtent pas là: ces camps permettant aussi de casser les clichés liés au scoutisme, notamment chez les volontaires des Enfants du Canal. Et c’est la même chose pour les autres unités scoutes qui campent à Jambville avec lesquelles nous organisons des activités, comme la découverte des ruches et des jeux : leur regard sur les roms a changé.
Certains ont même découvert l’existence des bidonvilles à Paris.

Toi qui es habitué à l'organisation de camps scouts, est-ce qu’il y a des contraintes particulières pour ces mini camps ?

Il y a certaines difficultés liées à la précarité dans laquelle les enfants vivent et liées à la temporalité des bidonvilles. Nous sommes toujours dans l’instant présent puisque nous pouvons peut être confrontés à des expulsions à n’importe quel moment.

En une semaine, beaucoup de choses peuvent se passer et venir bousculer l’organisation du mini-camp. Nous pouvons avoir des désistements comme des inscriptions de dernière minute : une maman a demandé à ajouter ses deux enfants au groupe le matin du départ. Les enfants ont appris la nouvelle en se réveillant. Ils sont habitués à ces situations, c’est donc à nous d’être flexibles.

“Ce que j’ai préféré, c’est la thèque, le match de foot et le jeu des cow-boys.”
Cataline, 11 ans, jeune rom habitant à Stains
 

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Qu’est-ce qui est prévu pour la suite et les prochaines années ?

Notre objectif est que les enfants puissent rencontrer d’autres enfants scouts, qu’ils vivent des rencontres fortes et enrichissantes : nous voulons proposer le même scoutisme à tous les enfants, sans aucune distinction. Et nous souhaiterions aussi proposer à certains enfants roms d’intégrer un groupe scout à côté de chez eux, au moins pour quelques activités ou week-ends dans l’année.

Enfin, nous aimerions passer du mini-camp au camp et emmener les enfants une semaine. L’avantage de ce type de projet, c’est que tout est à construire et que nous avons beaucoup de liberté !