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« A nous de semer les fruits du Synode ! »

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Le pape François a présidé, dimanche 28 octobre dernier, la messe de conclusion de l’assemblée du Synode des évêques sur les jeunes. Astrid, membre de l’équipe Adulte dans le scoutisme, a participé à la préparation de l’évènement et a assisté à sa clôture. Rencontre.

Comment t’es-tu retrouvée embarquée dans l’aventure du synode ?

J’ai commencé par participer à la rencontre de Moulins cet été, qui a réuni 35 jeunes avec les 4 évêques français choisis pour partir à Rome. Nous avions lu en amont le document de travail et les évêques ont été à notre écoute pendant tout ce week-end pour savoir ce qu’on en pensait, ce qui pouvait manquer ou ce qui devait être approfondi.
Ces deux jours étaient de vrais temps d’échanges à la fois entre jeunes et avec les pères synodaux.

J’ai été marquée par cette écoute des évêques, qui ont su nous mettre en confiance, se mettant presque parfois en retrait. Nous avons pu aborder des sujets qui me tenaient à cœur, comme le besoin de laisser plus de place aux femmes dans l’Eglise, l’importance d’accueillir les jeunes et de leur faire confiance, de renforcer les liens entre l’Eglise et les mouvements de jeunesse.
Nous avons aussi évoqué la question de la fraternité, avec l’idée de redonner du sens aux dimanches, pour qu’ils ne soient pas seulement synonymes de messe, mais aussi une occasion de recréer du lien entre les personnes.

Et ensuite, tu as assisté à la clôture de l’évènement ?

Pendant tout le mois d’octobre, j’étais en France et j’ai suivi ce qu’il se passait à Rome. Je suis partie sur place pour le dernier week-end d’octobre. Ce qui m’a vraiment marquée, c’est la soirée à l’église Saint-Louis des Français avec plus de 200 jeunes Français, à la veille de la clôture officielle. C’était une veillée à la fois priante et joyeuse, avec les pères synodaux qui nous ont témoigné ce qu’ils avaient vécu : sur le fond des échanges, mais aussi sur leur cheminement intérieur.

J’ai senti un vrai passage de relais, à ce moment-là, entre ces 4 évêques et notre génération. David Macaire, archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France en Martinique, nous a dit une phrase qui restera dans mes souvenirs: « je m’engage et j’engage les autres évêques à tout faire pour que vous soyez fiers de l’Eglise par laquelle vous voulez emmener vos amis aux Christ ». Nous avons besoin aujourd’hui d’avoir une Eglise exemplaire qui ne nous dise pas simplement ce qu’il faut faire mais qui le vit, qui soit un modèle par ses actes, qui nous montre le chemin !

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Quels sont ces fameux « fruits » du Synode, selon toi ?

Je dirais que c’est la synodalité, tout simplement : le fait de se mettre à l’écoute des jeunes et de les inclure dans les prises de décision. C’est vraiment ce que j’ai vécu en suivant cet évènement.
On attendait beaucoup du texte final officiel qui a été publié mais ce que je retiens, c’est surtout les rencontres et ce que j’ai vécues, à Rome comme à Moulins, avec des jeunes de tous les horizons, aves des histoires et de regards différents.

Semer les fruits du Synodes, ce serait de pouvoir continuer à vivre ça localement, en faisant participer largement les jeunes. Les solutions doivent être trouvées à l’échelle de chaque région, de chaque pays, avec les jeunes qui sont présents au sein des communautés locales, et qui réfléchissent à la manière dont on peut faire avancer l’Eglise ensemble.

L’accompagnement des jeunes a été largement évoquée lors des débats. C’est une thématique bien connue chez les SGDF !

Oui, cette question de l’accompagnement est essentielle car il ne suffit pas de mettre les jeunes aux commandes, mais il faut les accompagner : c’est super important, car seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin ! Et c’est ce qu’on vit dans le scoutisme : lorsqu’on est chefs et cheftaines, on accompagne les jeunes pour les faire grandir.

Et on est nous-même accompagnés par nos responsables de groupe, par notre chef d’équipe, par des équipes territoriales qui nous aident à avancer. Et on en a besoin: lorsqu’on est jeunes, on a plein de questions, plein de choix à faire et on a aussi besoin d’être écoutés, d’être accompagnés par des aînés qui ont fait le chemin avant nous, et qui peuvent nous aider.

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Le document final se prononce pour une présence féminine plus forte dans l’Eglise. Qu’en penses-tu ?

C’est essentiel pour l’Eglise : si elle veut avancer, il faut qu’elle progresse sur ce point. Aujourd’hui, on se soucie partout davantage de la place des femmes, que ce soit en politique, en entreprise… L’Eglise d’aujourd’hui est encore beaucoup tenue par des clercs. Au Synode, il y avait des auditrices, mais la réflexion était concentrée autour de 200 évêques. Et ça me questionne : même s’il y a des différences culturelles entre eux, ils sont tous évêques, ils ont tous la même mission…

Alors qu’on s’enrichit grâce à des regards différents. Je pense aux femmes qui ne peuvent pas être prêtres et qui ont encore moins de chances d’accéder à ces prises de décisions. Mais c’est aussi le cas, plus globalement, des laïcs: il faut se demander quelle est leur place dans ces prises de décision, et comment on peut diversifier les regards.

Ce n’est pas juste une question de pouvoir : si on veut que les décisions soient adaptées à la majorité, il faut que les instances de prise de décision reflètent ce qu’est la société aujourd’hui. Mais j’ai été frappée par le fait que certains évêques, participants au Synode, aient eux-mêmes fait ce constat. Pour moi, c’est un vrai message d’espoir !