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"Nous devons tous nous sentir responsable de notre Eglise" - Marie Mullet

article marieLa condamnation du Cardinal Barbarin résonne comme un électrochoc. Ce n’est sûrement pas la dernière page d’un livre terrible ouvert depuis des années et particulièrement depuis des mois, ni une page quelconque sur laquelle le lecteur attentif, catholique ou non, ne saurait s’attarder. C’est une de ces pages où le lecteur prend conscience que la suite du livre ne pourra plus jamais être la même, ne doit plus jamais être la même.

Les multiples révélations à travers le monde, Le combat de l’association « La parole Libérée », le reportage glaçant d’Arte mardi soir sur les abus sexuels sur ces femmes qui voulaient vouer leur vie à leur seigneur, à leur foi et qui ont été détruites, tout cela ne pourra être seulement apaisé par la condamnation d’un cardinal qui ne peut porter à lui tout seul la responsabilité de toute une institution.
Mais cela a l’immense vertu de soutenir que oui, la parole libère, qu’elle est nécessaire, l’immense vertu que ces prédateurs, ces bourreaux ne se sentent plus protégés, que l’effroyable soit désormais dénoncé, systématiquement.
C’est notre plus grande responsabilité : plus jamais ça.

C’est donc un séisme pour notre Eglise mais un séisme qui peut être salvateur si elle s’en saisit pour changer d’ère.
C’est aussi une demande de réforme institutionnelle profonde : quelle gouvernance ? Quel équilibre entre les religieux et les laïcs, quelle place pour les femmes qui ne peuvent continuer à subir la verticalité d’une Eglise qui en profite parfois tragiquement ?

Nous devons chacun en être acteurs, religieux et laïcs, c’était le sens de la lettre du pape en Août dernier : nous devons tous nous sentir responsable de notre Eglise, ne pas la quitter dans ses pires moments, ne pas laisser sa part d’ombre, de pouvoir déviant et de lâcheté l’emporter. Il nous faut rebâtir notre Eglise comme St François lorsqu’il restaure la chapelle St Damien en utilisant les fastes de sa vie d’avant pour, avec ses amis, reconstruire cette chapelle. C’est un appel à l’humilité, au dépouillement, à l’acceptation que nous avons failli mais que nous pouvons l’amener à évoluer.

Ce week-end, à Jambville, une centaine de personnes, aumôniers, animateurs spirituels, chefs et cheftaines, jeunes engagés dans l’Eglise se retrouveront à Jambville pour parler Foi, engagement, spiritualité chez les SGDF au service des plus jeunes. Cette Eglise-là existe aussi, de pars le monde, avec des acteurs religieux ou non, engagés, heureux, sans tragédies, sans noirceur, qui veulent faire vivre sa part de lumière. Ils existent aussi ces hommes et ces femmes d’Eglise prêt à combattre ce qui aujourd’hui la ronge.

Nous en croisons beaucoup, j’ai cette immense chance d’en croiser beaucoup par mes responsabilités, ils jalonnent ma vie de catholique, de scoute et guide, ils sont lumineux. Au milieu de notre colère contre l’institution, cela donne des raisons réelles d’espérer.

C’est par l’action que nous vivons notre engagement, notre foi, c’est par l’action que nous voulons aider à construire désormais l’apaisement, notre Eglise n’est pas foutue parce que l’Eglise c’est nous.

Marie Mullet-Abrassart,
Présidente des Scouts et Guides de France