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Solidaires des soignants

Madeleine copieDepuis le début de la crise sanitaire, les soignants et les personnels des hôpitaux sont en première ligne. Dans toute la France, des volontaires Scouts et Guides de France se sont engagés pour les aider : service de brancardière de nuit, garde d’enfants, conception de repas équitable… Petit aperçu.

 

 

Madeleine, cheftaine scouts-guides dans la Vallée de Chevreuse, s’est engagée comme brancardière de nuit au centre hospitalier d’Orsay (Essonne)

Madeleine« Mes études d’éducatrice spécialisée s’achevaient en mars et je me suis retrouvée dès le début du confinement chez moi, disponible, jeune et en bonne santé… Je ne me voyais vraiment pas rester là les bras croisés devant ma télé ! Je me suis renseignée et la ville d’Orsay m’a indiqué qu’il y avait besoin de brancardiers au centre hospitalier. J’ai postulé et j’ai commencé le 5 avril. Dès le premier jour, l’intégration a été très rapide même si les équipes n’étaient pas au courant de mon arrivée. Ils en étaient très contents : la nuit, ils n’avaient qu’un seul brancardier, j’ai vraiment eu le sentiment d’être utile.

Je suis principalement affectée aux urgences et je pensais arriver dans une ambiance anxiogène, trouver des professionnels stressés… Mais l’ambiance dans l’équipe est excellente, tous métiers confondus : infirmières, aides-soignantes, médecins, internes, cadres et bien sûr mes collègues brancardiers. Le service est divisé en deux parties : l’une pour l’accueil des personnes suspectées Covid et l’autre pour les autres urgences, de manière à ce que les patients ne se croisent pas. C’est un peu bizarre mais je n’ai jamais eu aussi peu peur du virus que depuis que je travaille à l’hôpital ! Le travail est simple : il s’agit de déplacer les patients d’un service à un autre, les conduire au scanner, monter les patients qui doivent être hospitalisés à l‘étage où ils seront soignés. Plus éprouvant mais essentiel, nous déplaçons aussi les personnes décédées jusqu’à la chambre mortuaire. Ce n’est pas fun mais je prends ça comme une expérience de vie… Les personnes décédées aussi, il faut les accompagner.

Ce que je garderai de cette expérience, c’est vraiment l’accueil de l’équipe des urgences, très soudée. Des personnes chaleureuses, accueillantes qui m’ont tout expliqué et qui m’ont permis de trouver ma place. Il y a aussi les associations qui nous apportent des bons plats bien préparés, une pizzeria qui nous a livré 40 pizzas ! Ce sont des actes de solidarité marquants. »

 

Mélanie, équipière Cléophas du territoire de la Saône au Léman, s’est engagée pour garder les enfants des soignants

THIEFFRY Mélanie« Pour moi, l’esprit de service est indissociable de ma vie scoute. Je cherchais un engagement utile, pertinent, qui ne prenne pas la place d’une personne qui travaille. Se mettre au service, être dans une réelle disponibilité envers les personnes qui en ont besoin est une grande source de joie, c’est quelque chose de naturel que j’essaie de transmettre à mes enfants.

J’ai accepté avec confiance une mission relayée par la préfecture de l’Ain : proposer des activités ludiques aux enfants de soignants, les mercredis, samedis et dimanche. Cette expérience me permet d’être actrice et de moins subir cette période particulière. La pédagogie scoute et ma formation CHAM de l’été dernier me sont très utiles sur le terrain, et le pôle pédagogique du territoire nous a partagé des idées de jeux !

Concrètement, l’objectif est de proposer des activités ludiques de qualité respectant les contraintes sanitaires : veiller à se tenir à distance, à ne pas se toucher. La Direction départementale de la Cohésion sociale nous a demandé de rassembler ces idées d’animations afin de les partager à l’ensemble les bénévoles. J’ai donc transmis notre grand jeu sur le Land art, qui a permis aux jeux d’explorer les tendances de l'art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature. La majorité des jeux étaient en extérieur, ce qui a permis d’équilibrer avec la vie « confinée » en appartements ! »

 

Guillaume, Responsable Pôle Développement du Territoire Seine-St-Denis, s’est engagée à l’AP-HP

Guillaume Lelieur« Durant un mois, je me suis porté volontaire pour aider l’AP-HP, notamment l’hôpital Bichat à Paris. Je ne me voyais pas ne rien faire durant cette crise, je voulais me rendre utile, aider au mieux là où on avait le plus besoin de monde. Je me suis rendu quotidiennement dans cet hôpital afin d’aider le personnel hospitalier, jusqu’à l’annonce du déconfinement début mai.

Au début, je m’occupais principalement de préparer les repas de l’hôpital, mais très vite une équipe a été créée afin de gérer les nombreux dons d’entreprises réceptionnés par l’hôpital. En effet, quotidiennement nous recevions des plats préparés, des chocolats, des produits de beauté, de la nourriture en grande quantité ; il a fallu organiser une logistique rien que pour traiter ces dons. Pour cette organisation, on gérait aussi bien la réception des produits dans les camions, que la répartition auprès des différents services de l’hôpital. Nous allions donner ces cadeaux auprès de tous les services de l’hôpital. Le bâtiment étant immense, il nous fallait la journée avec toute l’équipe pour faire le tour.

Cette action m’a permis de découvrir le monde hospitalier et j’ai pu constater les difficultés du personnel soignant durant cette crise. Ce n’était pas toujours simple, il y avait régulièrement des tensions et la fatigue se faisait sentir. Mais les chefs de services ont beaucoup apprécié les actions de bénévolat qui se sont développées dans l’hôpital, et ils ont été sensibles aux différentes équipes formées pour soulager le personnel hospitalier. »

 

Erwan, chef caravelles-pionniers à Chelles, s’est engagé pour superviser la préparation de repas solidaires pour les soignants

« Je suis chef scout, mais aussi chef dans la vie : chef cuisinier de mon propre restaurant gastronomique à Paris, Contraste. Mon boulot, c’est ma passion, j’adore ça ! Mais là, avec le Covid, tout est stoppé. Alors, en attendant de pouvoir rouvrir, je me suis rapproché d’une association : Ecotable. Elle fédère des restaurants qui, en plus de préparer à manger pour pas trop cher et de façon durable, forment aux métiers de la restauration des personnes sans travail ou en réinsertion. Ils cherchaient des cuisiniers professionnels pour confectionner des repas pour les soignants, je les ai rejoints.

C’est une très grosse organisation, l’association fonctionne sept jours sur sept. Je suis en charge de la production et de la gestion d’une équipe de 50 personnes, qui préparent 800 repas par jour, uniquement à base de produits bios, produits dans un rayon de 150 km autour de Paris et payés aux producteurs à un prix fixe pour les aider à surmonter la crise. Ainsi, on aide à la fois les soignants et les producteurs tout en respectant une charte durable et responsable. On prépare quatre types de plats différents par jour, moitié végétariens, moitié carnés, et la carte est renouvelée deux fois par semaine. Les soignants apprécient, si on en croit les commentaires sur le compte Instagram de l’association.

Comme nos repas sont livrés en zone Covid, cela fait gagner beaucoup de temps aux soignants sur leur temps de pause, parce qu’ils n’ont pas à suivre le protocole de déconfinement, qui est très lourd. À travers cet engagement, je n’agis pas contre le Covid mais pour aider les soignants qui, eux, agissent contre le Covid. Ça reflète très largement mes valeurs scoutes : aider les gens, ne pas rester inactif à la maison et mettre à disposition ses compétences ! »