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« Les jeunes ont plus que jamais besoin d’espaces pour se construire »

37375 Gu nol POLINE 1Dans la continuité des camps d’été, les chefs, cheftaines, cadres et responsables assurent aujourd’hui la reprise des activités. Une rentrée à la fois sereine et vigilante, pour continuer à proposer du scoutisme tout en assurant la sécurité des jeunes et des adultes. Une continuité qui répond à des besoins éducatifs essentiels, comme le rappelle Gaëtan Monot, Délégué national Education, Pédagogie et Activités chez les Scouts et Guides de France.

 

28127 Cl ment DAVEAUPourquoi les Scouts et Guides de France continuent-ils à organiser des activités en pleine crise sanitaire ?

La principale raison, c’est que les jeunes que nous accueillons en ont besoin ! Pour se construire, les enfants et les adolescents ont besoin de différents espaces, qui leur permettent de tester leur personnalité, de s’identifier à des personnes et groupes différents. L’école et la famille sont bien sûr des espaces essentiels mais qui ne se suffisent pas en eux-mêmes. Pendant le confinement, l’espace « famille » a logiquement pris une place très importante et les autres espaces ont disparu. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que l’Etat a appelé à la reprise des cours, car les jeunes avaient besoin de retrouver l’espace « école ». Et c’est la raison pour laquelle nous maintenons aujourd’hui au maximum nos activités, pour proposer un troisième espace : l’activité scoute est nécessaire au bien-être des jeunes, elle offre un lieu de respiration essentiel.

Plus précisément, que peut apporter le scoutisme ?

Chez les jeunes comme chez les éducateurs, nous avons constaté un véritable besoin de retour à la vie dans la nature après ces semaines chez soi. Pendant le confinement, les jeunes ont logiquement passé beaucoup de temps devant les écrans, par nécessité. Pendant cette période exceptionnelle, ils ont construit leur environnement social grâce aux outils numériques. Mais ce système présente de nombreuses limites au niveau de l’interaction sociale et de l’interaction avec le monde extérieur. A la sortie du confinement, ils voulaient retourner dans la nature, être dehors, voir des amis… Et le scoutisme répond très bien à tous ces besoins.

Le scoutisme offre aussi un lieu d’écoute pour que les enfants puissent alerter des adultes, qui ne sont ni des parents ni des professeurs, sur des situations compliquées vécues à l’école ou à la maison. Le confinement a déclenché ou amplifié les phénomènes de harcèlement et violence dans certaines familles. Nous avons appelé les éducateurs à être particulièrement vigilants et à l’écoute pour recueillir la parole des jeunes, et nous avons de fait reçu des appels plus nombreux sur des affaires de mœurs par rapport aux précédentes années. Il faut offrir aux jeunes, notamment aux plus fragiles, d’autres espaces pour s’exprimer, se construire et se protéger s’ils sont confrontés à ce genre de situation.

Comment organiser des activités en sécurité, dans ce contexte compliqué ?

Notre objectif est de concilier à la fois mesures sanitaires et gestes protecteurs d’une part, et le besoin d’activité physique, de sécurité affective et émotionnelle des enfants et des jeunes d’autre part. Nos activités sont organisées aujourd’hui dans le respect des mesures sanitaires, en suivant le protocole sanitaire élaboré à partir des consignes du Ministère Jeunesse et Sports.

Dans les faits, nous avons eu très peu de cas de Covid lors des camps d’été comme depuis la rentrée. Le scoutisme a l’avantage d’être une activité en extérieur donc naturellement moins à risque et plus facile à adapter dans ce contexte. Nous incitons les unités à vivre leurs activités en accord avec les mesures anti-covid prises dans leur région, au plus proche de chez elles, en évitant de prendre les transports. Par ailleurs, la règle de se retrouver par petits groupes pour limiter les risques est déjà une habitude pour nous car la vie en petites équipes est l’une des bases de notre projet pédagogique.

Nous sommes un mouvement d'éducation. Le contexte actuel nous invite à éduquer les jeunes qui nous sont confiés à vivre en responsabilité avec le virus : apprendre les gestes protecteurs aux enfants, même dans leurs loisirs ; les aider à comprendre que le danger ce n'est pas l'autre mais le virus, et qu'en faisant collectivement attention, nous pouvons nous retrouver; leur permettre d'échanger librement sur ce sujet, pour les aider à développer une vision optimiste et confiante de l’avenir ; montrer que toute la vie ne doit pas s'arrêter à cause du virus, mais plutôt qu'elle doit s'adapter. Nous restons à la fois sereins, mobilisés et vigilants pour l’avenir.