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Être femme, en situation de handicap

femme-en-situation-de-handicap-SGDFLes Scouts et Guides de France agissent à la fois dans l'éducation différenciée des garçons et des filles et celle des enfants en situation de handicap. Ce 8 mars, journée internationale du droit des femmes, ils réfléchissent à la manière dont il est possible de croiser ces deux enjeux d'éducation en se demandant comment contribuer à l'éducation des filles en situation de handicap tout en renforçant leur égalité de chance avec les garçons ?

Diane, responsable nationale Handicap Intégration et Florine, volontaire en Service civique, sont allées à la rencontre de Maudy Piot, ancienne Guide de France et Présidente de l’association Femmes pour le Dire Femmes pour Agir. Elle-même déficiente visuelle, Maudy a fondé l’association avec d’autres personnes afin de lutter contre la double discrimination du sexe et du handicap.

Maudy_Piot-article-femme-en-situation-de-handicap-SGDF-HDComment le handicap est-il vu aujourd’hui ?
La question principale est de chercher à comprendre pourquoi le handicap dérange. C’est très difficile de conceptualiser le handicap et de le vivre au quotidien. Ça renvoie à la perte, au manque, à toute une représentation fantasmée des autres, des personnes valides.
Que j’aie un chien guide ou pas, je suis d’abord une personne humaine et une citoyenne du monde ! Chaque personne a une différence, qu’elle soit visible ou pas. Qu’elle soit agréable ou désagréable. Mais on est tous citoyens.

Quelles sont les spécificités d’être femme et en situation de handicap ?
A la discrimination du sexe s’ajoute celle du handicap. On parle de double discrimination.
De nos jours, les femmes n’ont toujours pas les mêmes droits que les hommes.

Votre association s’intéresse de très près à la violence envers les femmes en situation de handicap. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
72% de femmes en situation de handicap subissent des maltraitances. Elles viennent de groupes, de l’hôpital, de la famille… On croit bien faire, mais en fin de compte on est maltraitant. Je pense qu’aujourd’hui il faut vraiment faire attention à cette question de la maltraitance.  

Dans quelle mesure les femmes sont-elles plus concernées par les violences que les hommes ?
logo-CDFAC’est évident qu’une femme en situation de handicap est beaucoup plus vulnérable qu’une femme valide. Même si la femme valide est elle-même plus vulnérable que l’homme.
Une fille en fauteuil roulant ou même aveugle peut facilement se faire agresser physiquement. Elle est sans défense.
Dans les institutions de femmes handicapées, ce sont surtout les femmes, et les petites filles qui se font violer ou abuser sexuellement. Les garçons aussi. Mais plus grands, ils vont souvent pouvoir se défendre. Alors qu’une fille subira encore ces violences en tant que femme.
Il arrive par exemple qu’on expose le corps d’une jeune fille dans un hôpital sans la couvrir. C’est déjà une forme de violence.

Dans notre société, l’apparence tient une place importante. Comment une jeune fille en situation de handicap peut-elle assumer son image ?
Avec Femmes pour le Dire Femmes pour Agir, on travaille pour sortir des stéréotypes. Ce n’est pas tellement la question du physique qui importe. Ce qui prime, c’est la rencontre avec l’autre,  l’échange. Dans un premier temps, certaines personnes s’arrêtent à l’aspect physique, mais il est très vite dépassé. Il y a autre chose.
La jeune femme handicapée a envie d’être jolie, bien habillée, propre sur elle. C’est pour répondre à ce besoin que l’on organise des ateliers d’esthétique et maquillage.
Dans les années 50, les jeunes femmes handicapées se laissaient complètement aller ! Elles devaient accepter leur handicap, parce que l’on croyait que Dieu l’avait voulu ainsi. Cela  n’encourageait pas les femmes à prendre soin d’elles. Ces idées fausses sont encore bien inscrites dans la société.

Face aux discriminations que vous pointez là, avez-vous des conseils à donner à un mouvement d’éducation comme celui des Scouts et Guides de France ?
L’un des enjeux pour plus d’égalité est la sensibilisation : informer, se former par la rencontre, apprendre à voir la personne et pas son handicap mais aussi savoir être dans l’accompagnement et non dans l’aide. On reçoit autant des personnes handicapées que ce que l’on leur donne. Ce n’est pas une relation à sens unique. Les chefs et cheftaines ont besoin de tout cela pour bien accueillir.

 
 

Propos recueillis par Florine Authier,
Volontaire en Service Civique au service handicap intégration des Scouts et Guides de France