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Martin, réalisateur d’une web-série sur l’écologie intégrale

Martin de Lalaubie a réalisé la web-série « Clameurs », un ensemble de vidéos mêlant fiction et interviews autour des thématiques abordées dans l'encyclique Laudato Sì du Pape François. Il revient sur les origines de ce projet et la place que son engagement scout a pris dans sa vie et dans ses choix professionnels.

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Parle-nous de toi et de la websérie

Je m'appelle Martin de Lalaubie, j'ai 28 ans et je suis passionné d'audiovisuel.

Je travaille au CERAS (Centre de Recherche et d’Action Sociales) comme journaliste vidéo. Le CERAS, c'est une structure jésuite qui étudie toutes les questions sociales avec un point de vue catholique. Je suis scout depuis l'âge des louveteaux et je continue encore aujourd'hui.

Je venais de terminer un premier projet qui s'appelle « jeunes et engagés » qui est un web-documentaire. Ce sont des portraits de jeunes en vidéo qui visent à nous montrer comment les grandes questions sociales portées par l'Eglise s'incarnent à travers des engagements de jeunes. Quand j'ai terminé ce projet le Pape a sorti l'encyclique Laudato Sì, un texte social qui parle d'environnement... L'idée de la web-série « Clameurs », c'est de porter les questions du Pape dans Laudato Sì parce que ce n'est pas un texte temporaire. Je le trouve marquant, historique et donc j'ai voulu le faire vivre, l'accompagner, le partager à ma génération. Au CERAS on questionne beaucoup la société avec ce que l'Eglise apporte pour nous nourrir sur les questions sociales et environnementales.

Justement peux-tu nous en dire plus sur Laudato Sì ?

Quand j’ai lu l’encyclique j'ai été très touché et interpellé par la manière dont le Pape regarde le monde. Cette sincérité, cette vérité sur tout ce qui ne va pas : la pauvreté, les inégalités qui s'accroissent et le dérèglement climatique, les problèmes environnementaux et tout ce qu'on doit faire pour enrayer cela... Il est à la fois très réaliste et plein d'espérance. Il nous dit qu'on a les moyens de dépasser ça. Il y a déjà des personnes qui se mobilisent et ce texte parle très justement de là où notre humanité en est aujourd'hui. Il montre aussi le chemin qu'elle doit suivre pour avancer donc j'avais vraiment envie que ce texte ne reste pas confiné à des spécialistes. Laudato Sì aborde la question environnementale croisée avec les questions sociales et développe ce point de vue d'interdépendance. C'est le point de départ de la web-série : on ne peut pas agir pour l'environnement sans agir aussi sur les problèmes de société et vice-versa. C'est incroyablement novateur et c'est ce que l'on retrouve derrière le nom « clameurs des pauvres » qui a inspiré le titre de la web-série.

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Est-ce que ça peut intéresser ceux qui ne sont pas catholiques ?

C'est le Pape qui a écrit Laudato Sì, c'est le plus haut représentant de l'Eglise catholique, donc on sait d'où ça vient. Mais quand il écrit ce texte il dit : « je ne vais pas parler qu'aux catholiques, je parle à tous les êtres humains qui habitent cette planète. » Parce que aujourd'hui ces questions-là, d'inégalités, de pauvretés, de réchauffement climatique, de perte de la biodiversité, ça concerne tout le monde. C'est tous ensemble qu'on va réussir à dépasser ces crises, ce ne sont pas seulement les catholiques de leur côté. Il faut sortir de nos carcans, il faut dialoguer, le Pape parle beaucoup de dialogue : il ne fallait pas que j’utilise un vocabulaire propre aux catholiques. On ne voulait pas que les personnages de la fiction soient 3 cathos, parce qu’on s'identifie aussi à ce qu'on regarde. Et il fallait que des personnes qui ne soient pas cathos se disent que ça leur parle aussi quand même.

Avant de travailler au CERAS je n'avais jamais lu un texte écrit par un Pape et je ne connais pas beaucoup de personnes de mon âge qui soient passionnés par les textes des Papes. Donc j'avais envie de l'aborder de manière un peu différente, en vidéos, diffusées sur internet, pour que ces questions portent le plus largement possible. Je pense que ça nous concerne tous.

En quoi le fait que tu sois scout a joué dans ton engagement professionnel ?

Le scoutisme, évidemment, ça a été un moteur pour ce projet mais aussi dans ma vie. Au début j'y allais parce que ça m'amusait, que j'avais des copains. Au fur et à mesure j'ai compris que c'était une manière de s'engager dans la société. J'ai réalisé que l’on pouvait être acteur du monde dans lequel on vit et changer les choses. Ça a été un grand vecteur de ma volonté d'engagement et ça m'a poussé aussi à ce que cet engagement ne soit pas vécu seulement dans le cadre de mes projets scouts. Dans mes études et dans mon travail, comme je suis passionné d'audiovisuel, j'ai toujours cherché à faire de la vidéo qui soit porteuse de sens.

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Quelles étaient tes motivations pour ce projet ? Voulais-tu t'adresser aussi aux scouts ?

Je voulais porter des messages qui me touchent et que je pense importants pour notre société. Parce que je suis catholique et que ma foi m'invite sans cesse à questionner le monde, je me dis que je ne peux pas me satisfaire de ce qu'il est aujourd'hui et qu'il faut participer à la construction du monde que Dieu nous a confié. Cette web-série n'est pas un outil pédagogique mais les thématiques abordées sont celles auxquelles peuvent être sensibles des jeunes scouts de tous les âges. L'accélération du temps, la place des plus fragiles, ce sont des sujets qu'ils comprennent et la web-série peut éclairer les chefs et cheftaines sur la façon d'en parler avec eux.

Quels sont les sujets de « clameurs » qui concernent le plus les scouts ? Et comment peuvent-ils répondre à ces clameurs ?

Toutes les thématiques abordées concernent les scouts, mais le chapitre IV sur la relation à la création et un bon point d'entrée pour nous. Il est en lien avec cette spécificité de notre projet éducatif qui est la vie dans la nature. Le scoutisme contribue à changer le monde en rendant les jeunes sensibles, en leur faisant aimer la nature, en leur donnant envie de combattre les inégalités. On fait ça grâce à notre méthode éducative et notre grande force pour moi c'est d'arriver à le faire de manière collective. Sans nier chacun dans sa personnalité, il y a une vraie volonté de faire ensemble et il n'y a que comme ça que ça marche. Et puis on peut aussi espérer que cela se transforme en engagement qu’il soit politique ou qu’il prenne une autre forme.

Quelles sont les rencontres qui t'ont le plus marquées durant le tournage de « clameurs » ?

Pour la partie documentaire j'ai rencontré beaucoup de monde. Ça bouscule, ce sont des personnes qui ont des vies très particulières. Par exemple j'ai passé 3 jours en prison pour interviewer des détenus qui sont complètement coupés de la nature sur ce que ça leur fait. Moi je n’étais jamais entré dans une prison, je n’avais jamais parlé à un détenu, donc forcément ça invite déjà à l'humilité et à la simplicité. Petit à petit on prend conscience de ces réalités différentes. Comme lorsque j'ai rencontré Ludivine, une jeune fille d'une vingtaine d'années complètement coupée de tout lien social. Elle ne va plus à l'école, elle n'a pas de travail, elle a très peu d'amis, elle ne sort pas de son appartement. Mais une demi-journée par semaine elle va faire du cheval et s'occuper de chevaux et c'est ça qui lui donne une raison d'être. Ça montre à quel point le lien à la nature est sacré.

En quoi « clameurs » contribue à changer le monde ?

Ces expériences de vies radicales qui sont très dures ça m'a fait me sentir complètement désemparé. Je n'avais aucune capacité à transformer leur situation, mais il faut dépasser ça, parce que ce n’est pas le but de ce travail. Le but c'est de recueillir leur parole, pour essayer de la faire entendre et que ça interroge l'ensemble de la société. Ça aide à rentrer en relation, à dépasser cette première appréhension et à rencontrer les personnes et non pas les situations. Après ce sont des gens qu'on ne peut pas oublier, qui nous invite à regarder la vie différemment, j'ai reçu beaucoup de paroles que je continue encore à méditer. J'espère avoir réussi à transmettre ça. Et puis on peut choisir de répondre à ces clameurs tout simplement dans notre style de vie ou en essayant de se mettre à l'écoute. Cette éducation à l'émerveillement qu'on retrouve chez les scouts, c'est très important, il faut la propager. Dans le projet scout, il y a aussi cette idée de développer une sensibilité pour les plus fragiles et pour la nature. C'est une posture qu'il ne faut pas hésiter à partager.

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Quel message souhaites-tu que l'on retienne principalement de « clameurs » ?

Si il y avait un message qui me tient à cœur dans cette web-série c'est de se dire que les clameurs que nous invite à écouter le Pape, que ce soient celles de la Terre ou celles des pauvres, elles ne sont pas que dans la web-séries. J'ai fait un travail de plus d'un an pour faire ces vidéos et recueillir ces témoignages mais l'idée c'est de se dire que ce sont des exemples. En fait, il y a des clameurs partout autour de nous. Si j'ai un message à faire passer, c'est d'inviter les gens, une fois qu'ils ont regardé la websérie à se questionner eux. Quelles sont les clameurs que j'entends ? Qui peut m'aider à écouter les clameurs ? Parce que je me suis rendu compte en allant interviewer des gens qui étaient dans des situations compliquées qu'il m'aidaient à comprendre autrement le rapport à l'environnement et à la société dans laquelle je vis. Donc j'écoutais les choses différemment et c'est ça mon message : que chacun de nous ouvre ses oreilles. Il faut qu'on écoute ces clameurs et qu'on s'interroge sur ce que ça change chez nous et ce que ça nous invite à changer dans la société.

 

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